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Maréchal Louis Gabriel Suchet, Duc d’Albuféra et pacificateur de l’Aragon

Né le 2 mars 1770 à Lyon, d’abord officier dans la Garde Nationale, il s’illustre lors des campagnes d’Italie sous les commandements de Brune, Masséna et Joubert (Loano, Cerea, Neumarck, Gênes et Marengo).

– En 1804, il commande  la Division de Boulogne, avant de prendre la tête de la 3e Division du 5e Corps de Jean Lannes, avec laquelle il se distingue à Ulm, Hollabrunn et Austerlitz.
Toujours lieutenant de Lannes, il sert aussi à Saalfeld et Pultusk en 1807.

– A partir de 1808, Louis Gabriel Suchet sert en Espagne à la tête de l’Armée d’Aragon (qu’il réorganise d’une main ferme). Il contribue au succès de Lannes lors du siège de Saragosse (1808) et y remporte plusieurs victoires, passées quelque peu dans l’oubli : Maria, Belchite, Alventosa, Tortosa, Oropesa, Puebla de Buenagasil, Sagonte, Peñíscola, Dénia et Valence (1809-1812).

– Gouverneur Militaire de l’Aragon et placé à la tête du 3e Corps, Suchet dispose de pouvoirs autant militaires que politiques et économiques. Comme l’explique le Colonel J-L. Reynaud, afin de contrer la guérilla qui sévit dans les montagnes, il réorganise son 3e Corps qu’il dote d’une bonne logistique et emploie des colonnes mobiles interarmes (cavalerie-infanterie), légères et autonomes. Les opérations de pacification se caractérisent aussi par l’utilisation de zones, de points d’appui, de postes avancés et de sécurisation des axes logistiques. L’idée est de cloisonner la guérilla d’Aragon dans sa propre région d’action. Suchet comprend très vite, que son succès militaire sera composé de coups-de-mains, d’actions ponctuelles et limitées. Très novatrice pour l’époque, cette stratégie finit par porter ses fruits.
Son action est aussi politique et vise à ne pas s’aliéner la population locale. En imposant une sévère discipline à son Armée (les pillages sont proscrits) comme en se conciliant le clergé et les notables d’Aragon, Suchet réussit à pacifier la région et à y maintenir le calme jusqu’en 1813. Le 24 février 1812, Napoléon l’élève au Maréchalat et le fait Duc d’Albuféra.

En 1813, Suchet est toujours en Espagne mais doit affronter les Anglais et les Espagnols avec une armée réduite à moins de 10 000 hommes, ce qui ne l’empêche pas d’être vainqueur à Tarragone et à Molino del Rey, ce qui lui permet d’évacuer Valence dans des conditions convenables. Il réussit par conséquent, à contenir l’ennemi sur le flanc sud des Pyrénées, même si le Maréchal Soult lui reprochera d’être resté sur une position défensive au lieu de tenter de reprendre l’initiative. Napoléon le promeut aussi Colonel-Général de la Garde Impériale après la mort au combat du Maréchal Bessières.

– Il se rallie à Louis XVIII en 1814 et est nommé Pair de France… avant de reprendre le sabre lors des Cents Jours. Après avoir rassemblé une armée à Lyon (qui devient Armée des Alpes), il remporte ses dernières victoires face aux Piémontais et aux Autrichiens (Conflans). Il est l’un des derniers Maréchaux d’Empire à cesser le combat (Montuel, 11 juillet 1815). Dans la nuit du 11 au 12 juillet, il signe un accord avec les Autrichiens, préservant Lyon, ainsi qu’un important parc d’artillerie.

– Exclu de la Chambre des Pairs le 24 juillet 1815, il est pardonné en 1819 et recouvre son siège comme sa dignité. Il ne reprendra toutefois plus aucun commandement. Il s’éteint le 3 janvier 1826.

Louis Gabriel Suchet reste sans doute l’un des Maréchaux d’Empire les moins connus mais sa stature de tacticien, le savoir-faire de contre-guérilla qu’il a pu déployer en Aragon, ainsi que ses victoires peuvent lui octroyer une légitime renommée, à l’égale de celles de Davout et Lannes.
On le sait peu mais les techniques de contre-guérilla qu’il employa et développa en Espagne seront reprises par Bugeaud en Algérie dans les années 1840 (Bugeaud avait combattu en Espagne dans la Grande Armée), Gallieni à Madagascar, au Tonkin, par Lyautey au Maroc. Même les théoriciens contemporains de la contre-insurrection tels David Galula et l’australien David Kilcullen se sont appuyés sur l’action du Maréchal d’Empire.

Lire :
– REYNAUD Colonel Jean-Louis : Contre-guérilla en Espagne (1808-1814) – Suchet pacifie l’Aragon, Economica, Paris