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Michel V Le Tellier Marquis de Louvois

Troisième fils de Michel IV Le Tellier Secrétaire d’Etat à la Guerre sous la Régence, Michel V Le Tellier Seigneur de Chaville et Marquis de Louvois naît à Paris le 18 janvier 1641. Comme il a été dit dans l’article consacré à son père, la famille de Louvois compte bon nombre de gens de robe et de marchands.
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Après ses études au Collège de Clermont (aujourd’hui Lycée Louis le Grand), Louvois soutient sa thèse en philosophie en 1657. Avec le népotisme ayant cours à l’époque, Louvois, malgré une jeunesse indisciplinée, est initiée aux Affaires d’Etat par son père et notamment dans la conduite de la guerre. Il reçoit aussi une instruction en langues étrangères par les soins paternels.

De tempérament, Louvois est caractériel, colérique (mais surtout dans ses lettres), brutal, ferme et doté d’un esprit de décision. C’est un travailleur qui apprécie particulièrement la bonne chère (ce qui peut expliquer son physique particulièrement corpulent) et la chasse.

Le 6 juin 1658, à dix-sept ans seulement, sa carrière politique démarre comme Conseiller au Parlement de Metz mais de façon très rapide. Le 6 juillet, Louvois reçoit la provision de Secrétaire d’Etat et obtient le droit de remplacer son père aux Affaires et au Conseil trois ans plus tard (24 février 1661). En 1660, il épouse Anne de Souvré et de cette union naîtront six enfants.

Comme l’a montré André Corvisier, au sein de la Secrétairerie d’Etat à la Guerre, Michel V Le Tellier se voit d’abord conféré un rôle d’exécutant de son père mais il apprend comment gérer l’appareil militaire de la Monarchie française. Très vite, il apprend aussi à faire face aux Maréchaux et Lieutenants Généraux du Royaume (notamment Turenne et Condé) qui apprécient très peu ces supérieurs civils administratifs. En revanche, il suivra l’exemple de son père en entretenant abondamment la clientèle des Intendants Militaires sans lesquels le recrutement, l’approvisionnement et les fournitures ne peuvent être assurés.

En janvier 1671, le futur Marquis de Louvois est nommé chancelier de l’Ordre du Saint-Esprit avant de remplacer brièvement Arnauld de Pomponne à la tête de la Secrétairerie des Affaires Etrangères. En 1672, il entre au Conseil Royal d’en haut devenant Ministre d’Etat.

A partir de cette année-là, on peut estimer que c’est lui assure la conduite de la guerre au nom de Louis XIV (Hollande et Guerre de la Ligue d’Augsbourg). Il cumule par la suite la charge des Haras et des Fortifications côtières, ainsi que celle des Bâtiments, Arts et Manufactures.

Louvois a poursuivi les réformes entamées par son père. Relevons donc, entre autres, la création des Inspecteurs Généraux de l’Infanterie et de la Cavalerie afin de mieux contrôler les troupes, la réglementation de la justice militaire et la création d’une véritable administration militaire. Louvois supprime aussi la vénalité des charges dans le Régiment des Gardes du Corps (sauf pour les Capitaine) et dans la Gendarmerie Royale. Les Gardes du Corps se voient aussi dotés d’un état-major. En 1675, il met en ordre du tableau qui recense les officiers supérieurs selon leur ancienneté. C’est sous ses auspices que la nouvelle Compagnie des Grenadiers à Cheval est créée. Recrutée parmi des soldats roturiers méritants, ses hommes ont le droit de porter la moustache. L’armement s’améliore avec l’adoption de la baïonnette et du fusil à double platine imagine par Vauban (1688).
Enfin, aspect moins connu de son ministère, Louvois octroie une place importante au renseignement et à l’espionnage au profit de l’Armée Royale, ce qui le conduit à marcher sans vergogne sur les prébendes de la Secrétairerie des Affaires Etrangères.

Louvois crée aussi le Corps des Ingénieurs chargé des fortifications. Les ingénieurs sont notamment recrutés dans la Marine. De plus, la Surintendance des Bâtiments est directement subordonnée au Ministère de Louvois, ce qui ne l’empêchera pas d’entretenir des rapports difficiles avec Vauban.

Du point de vue de la politique intérieur, Louvois se montre particulièrement implacable face aux révoltes. Il réprime durement les révoltes fiscales dites du « papier timbré » et des « bonnets rouges » en Bretagne, tout comme les révoltes protestantes dans le Vivarais et le Dauphiné. A ce titre, il encourage fortement les premières dragonnades de Marillac en Poitou et dans le Midi et appuiera sans reculer la révocation de l’Edit de Nantes qu’il s’efforcera de faire appliquer dans le domaine public.

Cette brutalité se ressent aussi nettement à l’extérieur puisqu’il fait partie de ceux qui encouragent Louis XIV à ravager le Palatinat en 1689.

Au niveau de l’urbanisme et des infrastructures, Louvois couche le projet de « Place des Conquêtes » que nous connaissons sous le nom de « Place Vendôme » et conduit les travaux visant à détourner l’Eure de son cours pour assurer le ravitaillement de Versailles en eau.

Michel V Le Tellier Marquis de Louvois s’éteint à Versailles le 16 juillet 1691.

Source :
– LE FLEM Jean-Paul : Le Marquis de Louvois ou le Service de Mars, http://www.persee.fr

Lire :
– CORVISIER André : Louvois, Fayard