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Musique médiévale – 2 : Philippe le Chancelier

– Fils illégitime de l’archidiacre de Paris prénommé également Philippe, Philippe le Chancelier voit le jour vers 1165 et disparait en 1236. Il est donc contemporain de Pérotin le Grand ; des Rois Louis VII, Philippe Auguste, Louis VIII et Saint Louis, ainsi que des Évêques de Paris Maurice de Sully, Odon de Sully, Pierre II de la Chapelle, Guillaume de Seignelay, Barthélémy et Guillaume III d’Auvergne.

– L’histoire et les travaux de Philippe le Chancelier sont  connus grâce au récit de Henri d’Andéli – qui le surnomme « Le jongleur de Dieu » – et à celui moins favorable de Thomas de Cantimpré. Philippe le Chancelier a pu être confondu avec Philippe de Grève. C’est l’imprimeur humaniste Josse Bade qui publie en 1523 les « Dictinctiones » sur les Psaumes qu’il attribue à Philippe de Grève, alors qu’il s’agit de bien Philippe Le Chancelier. La distinction fut effectuée par Henri Meylan en 1927. D’autres auteurs ce sont penchés sur la vie et l’œuvre de Philippe le Chancelier aux XIXe-XXe siècle. C’est le cas du musicologue allemand Friedrich Ludwig, du spécialiste de théologie et de littérature médiévale Johannes Baptiste Schneyer. Nous pouvons aussi souligner les travaux de Pierre-Claude Daunou et de l’Abbé Ferret. Enfin, plus récemment une thèse rédigée par Anne-Zoe Rillon-Marne de l’Université de Poitiers livre un intéressant travail de recherche en profondeur sur notre personnage. Nous nous sommes appuyé sur cette thèse pour la rédaction de cet article, puisqu’il convient de rendre hommage et justice aux travaux fouillés de Mme Rillon-Marne.

– On ne sait pas grand chose sur ses années de jeunesse mais il est fort probable qu’il est reçu une instruction dans les Arts libéraux, tels la Rhétorique, la Théologie et les Mathématiques. L’importance des Mathématiques doit être soulignée, tout simplement parce que les connaissances musicales étaient enseignées par le biais de cet art.
Personnalité de la Schola de Notre-Dame, Philippe le Chancelier est également une autorité ecclésiastique de Paris en ce début du XIIIe siècle, d’où son surnom accolé au prénom (ce qui était l’usage à l’Époque médiévale). Compositeur au sein de la Schola de Notre-Dame, il était également un prédicateur énergique contesté mais également contestataire (notamment de certains mœurs de son temps) et théologien. On sait aussi qu’avant d’être Chancelier de la Cathédrale de Paris, Philippe le Chancelier fut aussi Archidiacre de Noyon. Enfin, en même temps qu’exercer sa charge de Chancelier, il était délégué de l’Evêque pour les questions d’Enseignement auprès de l’Université de Paris. Par conséquent, il est certain qu’il fut en étroites relations avec Robert de Sorbon.

– Penchons-nous à présent plus en détail sur son œuvre musicale. Contemporaine de celle de Pérotin le Grand, elle s’inscrit bien évidemment dans la continuité des travaux de Léonin sur le chant grégorien. De par sa fonction de Chancelier de Notre-Dame, Philippe est fin connaisseur du rituel et veille à la bonne conduite des processions. Pour lui, Liturgie et Prédication vont de pair. omme le fait remarquer Anne-Zoe Rillon-Marne, quelque-soit la forme poétique ou le genre musical de la composition, tous les travaux de Philippe le Chancelier sont tournés vers le sacré, non pas dans un sens moralisateur mais liturgique : exploitation d’images bibliques, citations scripturaires, pièces pour la liturgie, explications morales, allégories et disputes sur des sujets cléricaux ou théologiques. Ceci dit, lorsque Philippe le Chancelier s’adonne à la poésie dans plusieurs compositions, la « fonction » liturgique de ses compositions n’est pas la préoccupation principale. Mais les textes sont de nature strictement religieuse. Par exemple, dans « Summa de bono » (1225-1228) : l’Un, le Vrai, le Bien, l’Éternité, la nature des êtres et la substance des anges, l’âme, le libre arbitre et l’intellectus agens.
Dans le style, si Pérotin privilégie la polyphonie à trois-quatre voix, Philippe le Chancelier compose autant des airs polyphoniques que monodiques. De plus, il intègre une grande part de poésie latine dans ses compositions musicales.

– Philippe le Chancelier a laissé une œuvre importante de soixante-dix compositions musicales, dont : sept motets, des conduits monodiques en l’honneur de la Sainte Vierge, comme pour la Pentecôte et la Trinité, des conduits polyphoniques, quelques prosules, trois Hymnes en l’honneur de Sainte Marie-Madeleine, des Séquences en hommage à la Sainte-Vierge et à Saint Jean-Baptiste et des Pièces telles  « Bulla fulminante », « Dic Christi veritas », « Nitimur in vetitum ».