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Ralph Monclar

Personnage à la vie digne d’un roman de guerre, Monclar reste une figure marquante de la Légion Etrangère du XXe siècle. S’il n’eut pas la science militaire d’un de Lattre ou d’un Leclerc, il n’empêche qu’il s’avéra un remarquable meneur d’homme doublé d’un soldat particulièrement courageux.
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– De son vrai patronyme Raoul Mangrin-Vernerey, Ralph Monclar voit le jour le 7 février 1892 à Budapest où son père est en poste. Il effectue néanmoins ses études secondaires en France au Lycée Victor Hugo de Besançon avant d’entrer au Petit Séminaire d’Ornans (Doubs). Élève doué, il parlera couramment sept langues.
En 1908, à l’âge de seize ans seulement, il se
présente au recrutement de la Légion Etrangère mais se voit refuser l’engagement. Retourné à ses études, il entre à l’Ecole de Saint-Cyr en 1912 au sein de la Promotion « Montmirail », en sort à l’été 1914 et choisit l’Infanterie.

– Versé d’abord au 60e Régiment d’Infanterie puis au 260e RI, le jeune officier se distingue particulièrement au combat en Alsace (Chavannes-les-Grands, Armmertzwiller) (où il manque d’être tué par un allemand et se voit sauver par son ordonnance), à Salonique, à Monastir, ainsi que sur le Skumbi et le Dévoli en Albanie. Mangrin-Vernerey a reçu sept blessures mais aussi le grade de Capitaine.

– En 1919, il fait partie du Corps Expéditionnaire du Général Henri Gouraud chargé de pacifier le Levant (Liban et Syrie). Mangrin-Vernerey s’y distingue une fois de plus et se voit gratifié de deux citations. Versé dans la Légion Étrangère en 1924, il sert successivement au sein des 1er et 3e Régiments Étrangers d’Infanterie. C’est au sein du second qu’il participe aux opérations de pacification du Rif Marocain contre Abd el-Krim. Promu Chef de Bataillon, Mangrin-Vernerey sert ensuite au Levant avant de retourner dans la Légion ; 2nd REI au Maroc puis 5e REI au Tonkin. En janvier 1938, il prend le commandement du Bataillon d’instruction de Saïda avant d’être promu Lieutenant-Colonel et d’être affecté au 4e REI.

– Au déclenchement de la guerre, il reçoit le commandement de la nouvelle 13e Demi-Brigade de la Légion Etrangère (DBLE) qui est intégré au Corps Expéditionnaire devant d’abord épauler les Finlandais contre les Soviétiques alliés de l’Allemagne et formée de deux Bataillons de Marche de légionnaires, commandés respectivement par deux autres célébrités de la LE : Pierre Koenig et Dimitri Amilakvari. La « 13 » rejoint alors les Alpes pour s’entraîner au combat hivernal.
Au début de 1940, Monclar apprend que son unité ne part plus pour la Finlande mais pour la Norvège au sein du Corps Expéditionnaire commandé par le Général Antoine Béthouart. Monclar et sa troupe embarquent alors sur un cargo et débarque à Narvik en avril 1940 et s’y distingue particulièrement contre les Alpenjäger d’Eduard Dietl.
Rembarquée en juin, la 13e DBLE arrive en Bretagne le 16 juin avant de rembarquer le 19 à Saint-Jacut pour Jersey et amputée de près de la moitié de ses effectifs qui ont préféré rester en France. Raoul Mangrin-Vernerey change alors son nom en Ralph Monclar, par référence au village du Tarn-et-Garonne d’où sa famille tire ses racines. Promu Colonel, il passe à la France Libre mais refusera toujours à combattre des Français, aussi loyaux au Gouvernement de Vichy fussent-ils restés.

– En août 1940, la 13e DBLE débarque en Afrique, à Freetown (Sierra Leone, colonie britannique) après l’échec de Dakar et contribue au ralliement du Cameroun mais Monclar refuse de lancer son unité au Gabon dont le gouverneur est resté fidèle au Maréchal Pétain.
Il trouve néanmoins le moyen de se distinguer à la tête de ses légionnaires lors de la reconquête de l’Ethiopie par les Britanniques face aux Italiens du Duc d’Aoste. Son plus haut fait d’armes restant la conquête des places de Keren et Massaouah où l fait prisonnier 449 soldats ennemis de même que l’Amiral Bonatti, Commandant en chef Italien pour l’Afrique Orientale.

– En juin 1941, la 13e DBLE est transférée en Palestine afin de participer à la conquête de la Syrie où les troupes du Général Dentz sont restées fidèles à Vichy et s’apprêtent à résister aux Britanniques et Australiens qui ne veulent pas voir les aérodromes du Liban et de Syrie tomber aux mains des Allemands. Mais là encore, Monclar refuse de porter les armes contre des Français et choisit de laisser son commandement à Dimitri Amilakvari. Il est tout de même promu Général de Brigade et prend le commandement des troupes Alaouites qui formeront les cadres de la future armée syrienne.

– En décembre 1942, de Gaulle le nomme Commandant des Troupes Terrestres françaises en Grande-Bretagne, avant qu’il ne finisse la Seconde Guerre mondiale des Troupes du Levant. A la toute fin du conflit, il doit mater des troubles fomentés par les indépendantistes syriens dans le nord du protectorat.
En 1946, Monclar est nommé Commandant Supérieur des Troupes d’Algérie avant de partir pour l’Indochine en 1948 comme Inspecteur de la Légion Etrangère et mène plusieurs combats contre le Viet Minh au Tonkin et en Cochinchine.

– De retour en France en 1949, il convainc le gouvernement de le rétrograder Lieutenant-Colonel afin de prendre le commandement du Bataillon Français qui doit partir en Corée pour lutter contre les Communistes. Après avoir rassemblé ses volontaires (anciens FFL, des Légionnaires et d’anciens maquisards non communistes) dans le Midi et les avoir soumis à un entraînement intensif, Monclar embarque son Bataillon Français de l’ONU à Marseille pour le « Pays du Matin Calme ». Arrivé sur place, le BFONU est incorporé à la 2nd US Infantry Division du Major.General McLure. D’abord « baladé » de cantonnement en cantonnement, le BFONU est finalement intégré au 23rd Infantry Regiment du Colonel Paul Freeman. Au début de 1951, il engagé dans les durs combats de Wonju contre les Chinois, puis au Carrefour de Chipyong-ni, dans un froid sibérien, puis sur la fameuse Cote 951, la Crête de « Crèvecoeur » (Heartbreaker Ridge) où les Français gagnent l’estime des Américains, ainsi qu’une Presidential Citation de la part du Président Harry S. Truman. De son côté, Monclar a gagné deux médailles américaines et non des moindres, la Silver Star et la Legion of Merit.

– Fin 1951, Monclar laisse le commandement du BFONU au Colonel François Borelli et repart en France. Pour son action en Corée, il reçoit aussi sa dernière citation à l’Ordre de l’Armée. Bien que n’ayant exercé aucun commandement, il est désigné Gouverneur Militaire des Invalides en 1962.

– Ce Guerrier au sens propre du terme, s’éteint le 3 juin 1964 à l’Hôpital du Val de Grâce. Il sera inhumé aux Invalides. Son tableau de médailles reste tout simplement impressionnant : Croix de Guerre 1914-1918, Médaille Militaire, Croix du Combattant 1914-1918 Grand-Croix de la Légion d’Honneur, Ordre des Compagnons de la Libération, Croix de Guerre 1939-1945, Médaille Coloniale, Médailles Commémoratives (Grande Guerre, Levant, Syrie-Cilicie, Victoire), Croix de Guerre des TOE, Médaille de la Résistance, Médailles des Evadés, Croix de Guerre hellénique, Military Cross britannique, Ordre de l’Empire Britannique, Silver Star, Legion of Merit, Ordre de la Couronne de Belgique, Ordre de Saint-Olaf de Norvège, Ordre d’Officier de l’Ouissam Alaouite, Ordre du Grand Dragon d’Annam et Ordre Royal du Cambodge.

– La promotion de Saint-Cyr de 1984-1987 a porté son nom.

Sources :
http://www.ordredelaliberation.fr
Historique du 260e Régiment d’Infanterie durant la Guerre de 1914-1918, http://www.gallica.bnf.fr