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Soixante-dix ans de la campagne de Lorraine – Douzième partie

B – LA POUSSÉE DU XIIth CORPS VERS LA SARRE 

– En raison du ralentissement de l’attaque de début novembre, l’objectif principal du XIIth Corps, Darmstadt, reste encore à 90 km. Devant les Américains, un terrain beaucoup plus favorable à la défense, avec l’établissement d’une nouvelle ligne de défense Faulquemont – Bénestroff – Bourgaltroff, Balck ayant anticipé la prochaine attaque américaine.
Le LXXXIX. Armee-Korps tient le secteur entre le Canal Rhin-Marne et Morhange avec la 361. VGD sur la gauche et la 11. PzD sur la droite, ses deux unites ayant subi de lourdes pertes. L’aile gauche du XIII. SS-Korps (soit la 36. VGD et le Kampfgruppe von Mühlen) tient le secteur de Faulquemont.

– Du côté américain, après une brève réorganisation de ses forces, Manton S. Eddy a décidé de percer définitivement en direction de la Sarre. Une fois l’obstacle franchi, le XIIth Corps doit ensuite se lancer sur le Rhin. En première phase, les 26th et 35th Divisions doivent avancer en pointe, pendant que le 80th Division retiendra les forces allemandes à Faulquemont et sur le flanc nord du Corps. Enfin, les deux divisions blindées avanceront avec l’Infanterie.
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1 – L’attaque de la 26th Division sur la ligne Dieuze-Bénestroff

– Le 18 novembre, près avoir reçu leurs remplaçants, les 101st et 104th Infantry Regiments prennent position à Guébling et Bourgaltroff. Sur la gauche, le 104th Infantry du Colonel Palladino attaque en direction de Marimont-lés-Bénestroff et Bénestroff mais se retrouve presque immédiatement bloqué au Bois de Bénestroff, juste à l’est de la voie de chemin de fer. De son côté, le 101st Infantry du Colonel Scott qui tient le flanc droit de la division, se retrouve pris sous un tir d’artillerie à l’ouest de Guébling. Le 3/101st qui a reçu une large part de remplaçants sans expérience, se retrouve bloqué face au plus fort secteur défensif allemand. Un fort parti de mitrailleurs tient la Cote 273 et des observateurs d’artillerie guident le tir sur chaque approche du secteur. Le 3/101st a beau lancer assaut sur assaut, rien n’y fait. Le bataillon perd même son chef, le Captain Donahue et bon nombre de ses officiers.

– Le 1/101st est plus chanceux en avançant sur Guébling grâce à l’appui de Sherman et de chasseurs de char. Les hommes du génie de la Colonne d’Oden réussissent à jeter un pont sur la boucle du Dordal en dépit de l’artillerie allemande et des armes automatiques. Malheureusement, passé l’obstacle, la A Compagny du 761st Tank Battalion reçoit une sévère correction de la part des canons antichars allemands et se voit contraint de reculer. Toutefois, l’Infanterie réussit à accrocher la lisière nord de Guéblig après un dur combat. Le nettoyage du village s’effectue durant le reste de la journée avec l’appui d’un peloton de chars. Le 2/101st qui combat lui aussi entre Guébling et Bougaltroff a la malchance de perdre sa F Company, commandée alors par un officier remplaçant et se perd DERRIERE les lignes allemandes.

– Tard dans la journée, le 104th Infantry du Colonel Palladino attaque à travers le Bois de Bénestroff afin d’alléger la pression sur les épaules du 3/101st Infantry. Une charge à la grenade et au bazooka menées par des survivants de la L Company guidés par le Sergent Sam A. Longbotton permet de chasser les mitrailleurs allemands de la Cote 273. Cette action permet alors au 3/101st de faire sa jonction avec le 104th Infantry dans la partie sud-est du Bois.

– Le 19 novembre, les deux régiments reprennent leur attaque en tenaille par le nord et le sud afin de prendre le carrefour routier de Marimont et sa colline (Cote 334), qui s’étend juste à l’ouest du village et domine la route le longe de laquelle doit avancer l’aile gauche de la « Yankee Division ». L’attaque est menée par le 2/104th sur la gauche et le 3/101st sur la droite. Vers 10h00, le 104th Infantry se retrouve bloqué par un détachement de Panzer de la 11. PzD. Le 3/101st, déjà sévèrement étrillé, subit de nouvelles pertes en avançant vers le Bois de Marimont. A 11h00, après avoir essuyé un déluge d’obus, le bataillon n’a plus que 300 hommes en état de combattre avant de devoir dégagé le Bois de Marimont. Cette mission achevée et après avoir couvert 1,2 km à l’est, il n’a plus qu’une compagnie de fusiliers comptant 90 hommes à aligner !

– De son côté, le 104th Infantry atteint Marimont et 1 compagnie investit le village pour en être rejetée par un intense barrage d’artillerie. Mais ce que les Américains ignorent, c’est que les tubes allemands couvrent la retraite générale avant la tombée de la nuit. Pendant la nuit du 19-20 novembre, les Allemands faisant face à la 26th Infantry Division s’établissent sur de nouvelles positions entre Mittersheim et Albestroff. Du coup, le 104th Infantry investissent définitivement Marimont sur les talons des Allemands et le 3rd Battalion occupe l’important centre routier de Bénestroff.

– Le 19 novembre toujours, le 328th Infantry Regiment du Colonel Jacobs, fort de 800 nouveaux soldats arrivés la veille – c’est dire leur état d’expérience –, se dirige au sud pour s’emparer de Dieuze afin d’ouvrir le chemin à la 4th Armored Division qui doit s’élancer à l’est. Une arrière-garde allemande de la 361. VGD tient fermement face 3/104th Infantry qui doit patauger dans les champs boueux. A la fin de l’après-midi, des chars du 761st Tank Battalion qui appuient l’infanterie, sont arrêtés par un tir d’artillerie depuis Dieuze. Mais là encore, pendant la nuit la garnison allemande se replie vers Mittersheim. Du coup, le 2nd Cavalry Group et le 328th Infantry appuyés par le 51st Armored Infantry Battalion de la 4th Armored Division entrent dans la ville détruite par les raids aériens américains.

Source : http://www.history.army.mil

2 – La poussée vers la ligne Honskirch – Altwiller

– La ligne Dieuze-Bénestroff ayant craqué, la 26th Infantry Division et la 4th Armored Division sont en mesure de couvrir environ 5 km durant la journée, devant nettoyer quelques petites poches de résistance allemandes. Mais en beaucoup de points, la division perd tout contact avec l’ennemi. Les Allemands sont alors en train de se retirer vers le nord, en utilisant le réseau routier complexe qui mène à Munster et à Sarre-Union. Durant la nuit du 20-21 novembre, le 3/101st Infantry effectue une marche forcée sous la pluie afin de couper la route menant au village de Torcheville à l’ouest de Munster. Le bataillon s’empare alors du village tenu par 81 Allemands complètement surpris.

– Sur la droite, le 104th Infantry attaque durant la matinée du 21 novembre pour prendre Montidier, situé sur un plateau en pointe au nord de la zone de la 26th Division. Alors que le 3rd Battalion combat pour escalader la pente, le 1st Battalion contourne le village par le sud pour continuer en direction d’Albestroff, encore ralenti par la boue, les ponts détruits, les canons de 88 mm et les mitrailleuses qui déversent un feu meurtrier. Pire encore, les liaisons radios entre l’artillerie divisionnaire et le Bataillon sont complètement hors d’usage. En dépit de ses difficultés, le 3/104th réussit à s’emparer de Montdidier et tient la position dans les bois au nord-est.

– La prise d’Albestroff présente un véritable problème tactique pour la 26th Division. Cinq routes y convergent et le village verrouille les approches de la Sarre. Au sud d’Albestroff, le 101st Infantry est à bout de force et il doit être remplacé. Or, la zone dont il doit s’assurer le contrôle s’avère particulièrement difficile. La route à l’est de Torcheville était hors d’état, les Allemands l’ayant miné. Au sud-est, la route Lohr – Insviller est noyée par la crue de la boucle de la Rode, après que les Allemands ont fait sauté le barrage dans la vallée. Willard S. Paul ordonne au 328th Infantry de monter sur camion et de faire partir ses bataillons et compagnies depuis Dieuze pour renforcer le 101st Infantry. Mais le déploiement du régiment de réserve prend du temps, ce qui ne rend pas possible l’avance le long de la route Lohr – Insviller dans un délai rapide.
Le 21 novembre vers 16h25, le 1/104th Infantry du Captain L.D. Gladding atteint Albestroff. Dans un premier temps, la marche du bataillon est appuyée par la B Company du 761st TB mais lrs chars cessent leur avance après l’endommagement de quatre engins, les fantassins doivent entrer dans la ville tout seuls. Mais suite à une confusion dans les ordres, le PC du Régiment à l’extérieur du village se retrouve coupé de ses trois compagnies de Fusiliers. C’est alors que des éléments de la 361. VGD appuyés par des chars et des canons automoteurs encerclent Albestroff sans coup férir. Gladding rassemble alors ses troupes restantes pour tenter de rejoindre ses trois compagnies dans le village mais il doit renoncer à son effort face à l’anneau allemand.
Le Colonel Palladino dresse alors un plan pour reprendre Albestroff. A 10h00, les 3 et 2/104th Infantry bondissent de 450 mètres pour dépasser Albestroff à la fois par le nord et le sud. Le 3rd Battalion avance sous une pluie d’obus sur Réning, à 2,2 km au nord d’Albestroff dans le secteur de la 35th Infantry Division. Mais les observateurs ennemis postés dans le clocher de l’église de Réning et au sommet de la Cote 275 guident les tirs d’artillerie et de lance-roquettes sur le Régiment américain qui se retrouve cloué sur place. Et son chef, le Lt.Colonel H.G. Donaldson est tué. Le 2nd Battalion rencontre moins de résistance mais lorsqu’une compagnie roule sur Albestroff, elle rencontre un violent tir de barrage provenant des bâtiments qui l’oblige à reculer. Les Américains passent alors la moitié de la journée du 21 à manœuvrer autour du village pour y déloger les Allemands. Ça n’est qu’à 13h05 que le 104th Infantry parvient à rentrer dans Albestroff et le Major.General Paul ordonne à Palladino de s’y cramponner. Le combat dure toute la journée et les Allemands finissent par se retirer pendant la nuit.

– En dépit de ses pertes, la 26th Division a réussi à maintenir la porte ouverte pour les chars de la 4th Armored Division, qui se trouve prête à repartir immédiatement au combat. Le Combat Command A, commandé alors par le Colonel William P. Withers doit avancer en  l’une sur le flanc nord de la « Yankee Division », l’autre, au sud, doit avancer sur Dieuze pour frapper ensuite au niveau de Mittersheim et atteindre le Canal des Houillères de la Sarre. Le Combat Command B de Holmes E. Dager doit appuyer la colonne sud dans l’avance sur Mittersheim.

– Le Combat Command A démarre son attaque le 19 novembre ; la Task Force Abrams retourne alors dans le secteur de Rodalbe, sur le flanc nord du 104th Infantry pour attaquer en direction d’Insming ; la Task Force West avance alors sur Dieuze en attendant que le 328th Infantry pour forcer le passage. La Colonne d’Abrams prend Rodalbe mais se retrouve bloquer au nord du village par des champs de mines. Peu avant la tombée du jour, la colonne oblique vers le secteur de la 35th Division pour aider le 3/320th Infantry à prendre Virming, un petit village qui contrôle les routes débouchant à l’est. Un violent bombardement d’artillerie a préalablement transformé Virming en tas de ruines. La TF Abrams passe alors à travers le village et établit son campement sur la route menant à Francaltroff.  L’Infanterie attaque Dieuze mais se retrouve bloquée durant la journée. Le Major.General Wood ordonne alors à la colonne sud de basculer vers le nord pour suivre Abrams. Le CC A poursuit alors sa route vers Francaltroff le 20 novembre mais doit progresser difficilement sur une route boueuse, infestée de mines et prise sous le feu des tubes lance-roquettes, comme de l’artillerie de tous types. Toutefois, en fin d’après-midi, les fantassins portés prennent Fancaltroff d’assaut et obliquent pour rejoindre le 320th Infantry.

– La retraite générale ennemie et l’affaiblissement de sa résistance incitent alors Eddy à engager pleinement ses deux divisions blindées. La Directive opérationnelle du XIIth Corps ordonne alors au CC A de la 6th Armored Division du Colonel Hines de s’emparer des points de franchissement sur la Sarre dans le secteur de la 35th Infantry Division, tandis que le  CC B de la 4th Armored Division de Dager doit avancer dans le secteur de la 26th Division pour atteindre Mittersheim. John S. Wood rameute aussi son CC A pour sur Conthil avec pour ordre de soutenir l’avance de Dager. Mais pendant la journée, Dager et ses hommes connaissent un déploiement presque cauchemardesque en raison de l’absence de bonnes routes dans le triangle Dieuze – Gondrexange – Mittersheim. Toutefois, le Colonne de Churchill parvient à Loudrefing pendant que la Colonne de Jacque accroche la route menant à Munster dans le secteur de la 26th Division. Celle-ci est aux prises avec ses problèmes de circulation, le trafic de ses véhicules étant encombré dans le secteur de Guinzelling – Dieuze. Afin de fluidifier la circulation de ses régiments, Willard S. Paul est contraint de demander à Wood de dégager ses chars du secteur. Mais le problème du mouvement des chars est définitivement résolu quand le 8th Tank Battalion (CC B) chasse l’arrière-garde allemande de Mittersheim et franchit le Canal des Houillères le 22 novembre. A cette date, les forces du Brigadier.General Dager se trouvent presque à portée de fusil de l’aile gauche du XVth Corps de Haislip (44th Infantry Division). Eddy ordonne ensuite à la 4th Armored Division de charger devant les 35th et 26th Divisions dans le couloir formé par le Canal des Houillères et la Sarre. Seulement, la 26th Division doit nettoyer un secteur particulièrement bien défendu entre Honskirch et Altwiller, d’autant que le 104th Infantry Regiment de Palladino est bloqué et désorganisé autour d’Albestroff. Paul ne peut donc compter que sur ses 101st et 328th Infantry, le premier étant fatigué par les combats précédents. Le 328th de Jacobs prend alors position au centre de la division et avance vers la ligne Vittersbourg – Honskirch – Altwiller, chaque village étant ceint de Blockhäuse, de tranchées et de champs de mines. Mais ils ne sont pas défendus par le nombre d’hommes adéquat. Le 25 novembre, le 328th Infantry crève la ligne allemande par le nord et s’empare de Vittersbourg. Le lendemain, il attaque Honskirch mais son assaut échoue avec des lourdes pertes. Un second assaut mené par son 1st Battalion butte contre sur un feu d’armes légères et doit se replier sous le couvert des fumigènes. Mais Honskirch est tenu par une arrière-garde. Les GI’s en ont la preuve le lendemain 27 novembre quand leur troisième attaque permet d’enlever Honskirch sans grande difficulté.

– De son côté, à partir du 24 novembre, l’aile droite du 101st Infantry de Scott s’emploie à nettoyer le Bois de Bonnefontaine, défendus par des canons FlaK de 28 mm et des Grenadiere abrités dans leurs tranchées. Le régiment piétine alors dans les bois et autour du Château de Bonnefontaine situé au centre. Les Allemands se paient même crânement le luxe de repousser la K Company à la baïonnette. En revanche, le gros du régiment réussit à accrocher la rive du Canal des Houillères de la Sarre, avant de se porter sur Burbach afin de soutenir l’attaque de la 4th Armored Division sur Sarre-Union le 1er décembre.
Mais pour son baptême du feu sur le front européen, la « Yankee Division » de Paul a particulièrement souffert : 661 tués, 613 disparus et 2 154 blessés. Et 2 898 soldats et officiers doivent être renvoyés à l’arrière pour se reposer. Les pertes s’expliquent autant par l’inexpérience des soldats et des cadres, que par le terrain particulièrement difficile qu’elle a dû conquérir.

Source : http://www.history.army.mil

 

3 – La 4th Armored Division sur la Sarre

– Le secteur d’opérations de la division de Wood est délimité au départ par le Canal des Houillères de la Sarre et la Sarre. Ce secteur forme alors un couloir de 3,5 km environ mais il se resserre sensiblement au niveau de Sarre-Union, ce qui rend une manœuvre mécanisée beaucoup plus difficile. En outre, si le secteur bénéficie de bonnes routes, les seules orientées sud-nord sont moins bonnes et ont été dégradées par les pluies de novembre.

– Le 23 novembre, au lieu de tourner vers le nord, le CC B de Dager fonce vers l’est, roulant débordant la faible ligne de sécurité constituée par le Grenadier-Regiment 953 (361. VGD). Appuyés seulement par des canons de 20 mm, les Grenadiers allemands ne peuvent affronter les blindés Medium. La Task Force Ezell s’empare alors Fénétrange sur la rive ouest de la Sarre par une attaque surprise. Le 25th Reconnaissance Cavalry Squadron tourne rapidement vers le sud et franchit la Sarre à Bettborn, rencontrant des patrouilles de la 44th Division du XVth Corps. Ce qui indique à Wood et à Eddy que la 4th Armored Division est entrée dans la zone d’opérations de l’aile gauche du XVth Corps et donc, de la VIIth Army de Patch. A cette même date, les Français de Leclerc sont entrés dans Strasbourg. Eddy obtient alors l’aval de Haislip pour opérer dans le secteur de l’aile gauche du XVth Corps.

–  Le 24 novembre, le Major.General Wood lance son attaque vers le nord. La Task Force Jaques franchit la Sarre en force près de Gosselming, pendant que la TF Churchill passe la rivière 4,5 km plus à l’est au nord de Romelfing. Mais la belle avance du XVth Corps dans le nord de l’Alsace conduit Hermann Balck et von Rundstedt à lancer une contre-attaque avec la Panzer-Lehr-Division contre la 44th Infantry Division de Spragins. Mais celle-ci échoue grâce à l’intervention du CC B de Dager (voir article La campagne des Vosges – Dernière partie).

– Après l’échec de Fritz Bayerlein, la 4th Armored Division relance une attaque le 25 novembre pour réduire les positions allemandes au nord de Schalbach, avec le 121st Reconnaissance Cavalry Squadron formant un écran de protection au nord-est. Wood envoie alors le 51st Armored Infantry Battalion du CC R (réserve) et toute son artillerie divisionnaire. Aussitôt, Holmes E. Dager regroupe le 51st AIB avec le 8th Tank Battalion. L’attaque reprend alors le 26 de façon coordonnée. La TF Churchill avance vers Wolfskirchen, pendant que la TF Jaques repousse la ligne allemande en roulant vers Eywiller. Mais les Américains progressent lentement dans une zone parsemée de cours d’eau et au sol spongieux. L’artillerie allemande (401. Volks-Artillerie-Korps et les tubes de la Panzer-Lehr) maintiennent un rideau de feu sur chaque itinéraire des colonnes de Dager.
C’est alors que Wood décide de lancer le CC A de Withers à l’est de la Sarre. Passant sur les arrières du CC B, Withers vient se positionner sur la droite de Dager.

– Le 26 novembre, toute la force d’assaut de la 4th Armored Division s’ébranle dans le but de chasser la Panzer-Lehr de ses positions. Le 51st AIB doit cependant mener de durs combats pour chasser les éléments de la 25. Panzergrenadier-Division de Wolfskirchen, exterminant Presque toute la garnison. Eywiller s’avère une noix plus dure à casser pour le 53rd AIB qui doit recevoir l’appui de P-47. Mais un parti de Panther continue de tenir Eywiller, jusqu’à ce que la prise de Gungwiller par la TF West du CC A rend leur position intenable. Bayerlein tente alors de renforcer les approches de Durstel lorsque la TF Oden – engageant le gros du CCA – attaque en milieu de matinée. Mais les environs de Durstel sont protégés par des mines et des PaK. Panzergrenadiere et artilleurs se battent farouchement, forçant les Américains à se retirer dans la soirée. Les trois jours suivants sont consacrés à nettoyer le massif de collines à l’est de la grand-route Drulingen – Sarre-Union. Mais Wood ordonne à ses colonnes de reprendre leur avance vers le nord, dans un terrain ressemblant – selon les mots de Jeffrey L. Clarke – à un puzzle de routes et de cours d’eau. Pire encore, la visibilité est quasi-nulle pendant la journée et les routes s’avèrent impraticables. Si les Allemands cessent leurs tirs de barrage d’artillerie, les éléments de la 25. PzGren.Div commandés par l’Oberst Arnold Burmeister mènent d’efficaces actions retardatrices. Toutefois, le 28 novembre, le CC B s’empare de Berg, dominant la route principale, ainsi que des ponts enjambant un petit cours d’eau. Sur la droite, le CC A de Withers est contraint de construire ses propres ponts sous un tir d’artillerie mais finalement, le 29 novembre, Durstel tombe. Le 30, les Américains s’emparent de Mackwiller. Des patrouilles de la 4th Armored Division s’approchent à moins de 3,5 km de Sarre-Union. Eddy donne alors ordre à Wood d’attaque la ville le 1er décembre, dès que la 26th Infantry Division pourra avancer par l’ouest.


4 – L’avance de la 35th Infantry Division et de la 6th Armored sur la Sarre (Bistroff, Frémestroff, Hellimer)

– Alors que la 80th Division joue le rôle de « bouchon » à Faulquemont tout en maintenant la jointure avec le XXth Corps sur son flanc gauche, la 35th « Santa Fe » de Baade doit porter le poids principal de son attaque sur son aile droite, avec pour principal objectif le plateau formé par le double méandre de la Sarre au sud de Sarreguemines. Au départ, Eddy prévoyait de concentrer toute la « Super Sixth » de Grow au sud de la Rotte ; avant que le CC B ne se joigne à la 35th Division dans le secteur de Morhange et que le CC A reste en réserve. La congestion des routes est telle que seul le CC B du Colonel Read peut être déployé sur Morhange le 17 novembre. Aussitôt positionné, Read reçoit de Grow l’ordre de soutenir pleinement le 137th Infantry Regiment du Colonel Murray.

– Durant la matinée du 18 novembre, les 35th et 26th Divisions repartent à l’assaut. Après un tir d’artillerie préparatoire de 01h18, la « Santa Fe » bondit de ses positions à l’est de la voie ferrée Metz-Sarrebourg et ne rencontre qu’une faible opposition sur l’aile droite du XIII. SS-Korps qui s’est retiré à la faveur de la nuit. Le 320th Infantry du Colonel Byrne et le 137th – respectivement placés à droite et à gauche – avancent rapidement. Mais tard dans la matinée, le 3/137th du Lt.Col. A.M. Butler reçoit un violent tir d’artillerie provenant de Bistroff et se retrouve cloué dans un secteur composé d’étangs, de marécages et de ruisseaux en crue. A ce moment-là, l’infanterie d’assaut se trouve hors de portée de ses canons de ses armes de soutien. Cependant, les homes de Butler, trouvent un gué et attaque le village trempés. Bistroff tombe après un combat rue par rue et maison par maison. Le bataillon s’y cramponne et tient face aux contre-attaques allemandes. Toutefois, à la fin de la journée du 18, l’aile droite de la 35th Division se trouve à l’est de Vallerange et son aile gauche près de Bistroff. Eddy estime que le moment est venu de lâcher le CC B de la 6th Armored par l’aile gauche de la division de Baade. Le 19 novembre, le CC B de Read attaque depuis les lignes du 137th Infantry et atteint les positions allemandes alignées sur une série de villages fortifiés, pourvus en armes antichars et en champs de mines. Mais les troupes allemandes qui se trouvent là sont un mélange d’éléments de la 48. ID, de la 559. VGD, d’unités de forteresse et d’une poignée de véhicules lourds du Panzerjäger-Abteilung 1559, alors organisés en Kampfgruppe von Mühlen. Ce dernier peut profiter du terrain particulièrement difficile, voire infranchissable en plusieurs endroits.

– Sur l’aile nord, le CT Lagrew, suivi par le 1/137th, tente de couvrir la route Morhange – Gros-Tenquin mais connaît de sérieuses difficultés. A l’ouest de Bertring, les blindés sont arrêtés par un tir de barrage de canons antichars et de Panzer. Peu après, le CT Lagrew engage l’ennemi mais perd 7 chars et une cinquantaine d’hommes. Mais les Américains réussissent à mettre 5 Panther hors d’usage et repoussent les Allemands au-delà de Bertring. Vers 14h00, un peloton de chars entre dans Bertring et nettoie rapidement le village. Un plan d’attaque coordonnée contre Gros-Tenquin est répidement établi. A 16h30, 19 bataillons d’artillerie de campagne pilonnent le village qui est incendié au phosphore, pendant qu’un essaim de chasseurs bombardiers matraque les positions allemandes. Les survivants allemands préfèrent se rendent « en tremblant de peur » aux dires des soldats américains. Le KG von Mühlen est alors sur le point de craquer quand des éléments de la 17. SS « Götz von Berlichingen » arrivent en renfort pour s’opposer à la 35th Division. Le 19 novembre toujours, la 4th Armored Division envoie plusieurs unités sur l’aile nord de la 35th Division pour aider le 320th Infantry à prendre Virming.

– Le 20 novembre, le 320th Infantry Regiment de Byrne suit le CC A de Withers, pendant que blindés et fantassins portés s’emparent de Fancaltroff. Sur l’aile gauche de la « Santa Fe », le 137th Infantry reçoit l’appui du CT Forrest articulé autour du 69th Tank Battalion pour longer la route de Hellimer. Mais une force formée de Grenadiers, de Panther et de canons automoteurs de la 11. PzD, arrête la colonne à hauteur du Bois de Freybouse. Forrest perd 6 chars légers Stuart et 4 Sherman pour la prise de cette portion de la grand-route ; mais revendiquera plus tard la destruction de 10 chars, 3 blindés légers et 3 canons antichars. Mais le 2/137th qui a aidé le CT Forrest reçoit le choc d’un violent barrage d’artillerie qui tue ou blesse 6 de ses officiers. Le reste de la journée donne lieu à une avance lente faite de combats d’attrition.

– Le 21 novembre, chars et infanterie américains commencent à élargir leur front en préparation d’une manœuvre d’enveloppement. Sur l’aile gauche, le CT Wall et le 3/137th obliquent vers le nord pour attaquer Frémestroff mais sont considérablement ralentis par des mines, la boue et des tirs antichars. Arrivé devant Frémestoff les hommes de Wall constatent que le pont a été détruit et c’est l’infanterie démontée qui se charge de l’assaut pour s’emparer du village en dépit d’une forte résistance ennemie.
Parallèlement, le 2/137th et le CT Forrest combattent durement pour s’emparer de Hellimer tenu par des éléments de la 11. PzD et du KG von Mühlen. Mais Balck prend alors la décision de retirer la 11. PzD des combats pour la reformer et la remplacer par des éléments de la 15. Panzergrenadier-Division commandés par l’Oberst Hans-Joachim Deckert. Aussitôt arrivés, les Panzergrenadiere sont jetés dans les combats pour le carrefour de Hellimer. Mais le jour-même, les canons de campagne américains déclenchent un feu nourri sur les positions d’artillerie allemande et les nids de mitrailleuses autour de la localité. A 10h00, 2 compagnies d’infanterie s’élancent sous le couvert d’un écran fumigène mais sont repoussé par un feu nourri d’armes légères. Puis, 5 Panzer arrivent par le nord du village pour engager les chars et chasseurs de chars américains. A 15h00 cependant, une section de fantassins réussit à occuper deux maisons du village qui servent de base pour la conquête de Hellimer. S’ensuit alors un violent combat au fusil, au pistolet-mitrailleur et à la grenade antichar. Le commandant allemand du groupe de Panzer est tué et le reste des forces ennemies est rejeté du village.

– Sauf que le retard pris à Hellimer est ressenti sur la droite de la 35th Division, où le 320th Infantry progresse à travers-champ en direction de Grening. Mais son aile gauche est pris sous un violent tir de canon provenant de Hellimer et force le Colonel Byrne à arrêter ses hommes. En attendant, les canons américains ouvrent le feu sur Grening, avant de lancer d’y lancer des tracts en appelant à la reddition. Mais les défenseurs allemands – soit 1 bataillon et 6 Panzer –  ignorent les sommations écrites. Lorsque le 2nd Battalion part à l’assaut, il est arrêté par un violent tir nourri. Byrne fait alors donner sa réserve, le 3rd Battalion, sauf que les Allemands contre-attaquent violemment avec des chars et rejettent encore les Américains. L’arrivée de chasseurs de chars n’y change rien que les engins ne parviennent pas à débusquer les Panzer. Mais en milieu d’après-midi, la L Company réussit à pénétrer dans le village et à s’emparer de plusieurs bâtiments attenants à l’église. Celle-ci est défendue durant toute la nuit et les Allemands sont bientôt contraints de se retirer.

Insigne de la 17. SS « Götz von Berlichingen »

Insigne de la 17. SS « Götz von Berlichingen »

– L’attaque de l’infanterie portée au nord continue le 22 novembre, le CC B manœuvrant pour élargir le front. Au-delà de Hellimer, le CC B et le 1/137th attaquent par surprise l’ennemi de flanc, capturant Leyviller et Saint-Jean-Rohrbach après de durs combats. Les Allemands cherchent alors leur salut en courant à travers champ mais les artilleurs américains déclenchent un tir d’artillerie comme à l’exercice.  Durant l’après-midi du 22, Paul W. Baade reçoit de nouvelles instructions de la part de l’état-major d’Eddy : s’assurer le contrôle du Maderbach, un cours d’eau à plus de 7 km à l’ouest de la Sarre, afin de facilier le déploiement des 2 divisions blindées du XIIth Corps. Baade charge les 1 et 3/134th Infantry du Colonel Miltonberger de cette mission.
Tandis que Grow rassemble sa 6th Armored Division durant la journée du 23 novembre, le 1/137th avance sur Hilspirch, juste au sud-est de Saint-Jean-Rohrbach pour élargir le saillant vers le Maderbach et sécuriser la ligne de déploiement du CC B. Hilspirch est alors tenu par des fantassins du SS-Panzergrenadier-Regiment 38 et quelques Panzer, déployés sur des positions avancées bien renforcées. Vers 09h00, 2 compagnies attaquent en direction de Hilspirch. Arrivés sur la petite colline au nord de Hilspirch, les fantassins américains tombent sur 5 Panzer et de nombreux canons antichars. En réponse, le 1/137th appelle 4 chasseurs de chars en renfort mais une première attaque échoue. Et les deux compagnies subissent d’importantes pertes. Un second assaut a lieu et le bataillon réussit à accrocher le quartier nord-est de Hilspirch à un coût élevé en hommes. Seulement, les Allemands sont en surnombre et 60 soldats américains menés par le 1st Lieutenant Merill H. Lyon parviennent à se replier sur Saint-Jean-Rohrbach.

– La capture de Hilspirch est alors nécessaire pour les Américains car la localié est un important nœud routier qui mène à Puttelange et vers le Maderbach. Robert W. Grow utilise alors le CC B pour capturer Puttelange, avant d’envoyer le CC A vers la rivière éponyme. Le 24 septembre, l’artillerie de la 35th Division déclenche un feu d’enger sur Hilspirch qui est pris par un assaut mené par le 1/134th et le 737th Tank Battalion.

– Le 25 novembre, la 6th Armored Division et les bataillons du 134th Infantry Regiment se trouvent en position pour atteindre et franchir le Maderbach. Mais la météo s’affole et l’état des routes se dégrade encore. La frontière allemande n’étant pas loin, les positions allemandes disposent de plus de canons antichars. De plus, les Américains vont tomber dans une portion de la Ligne Maginot. Dans ces conditions, les chars ne seront pas d’une grande efficacité et l’assaut principal devra être mené par l’infanterie. Encore que, celle-ci grelotte sous la pluie et la neige. Hôpitaux de campagne et infirmeries voient affluer un nombre croissant de malades, en dépit de l’effort des officiers logistiques pour fournir des couvertures et des vêtements secs.  Et la force de combat des unités de fusiliers s’en ressent. Pour preuve, le CT Britton (formé autour du 9th Armored Infantry Battalion) ne perd que tués et 2 blessés dans des accrochages mais doit évacuer 26 malades et 93 soldats épuisés.

– Pendant la nuit du 24-25 novembre, l’infanterie portée et les soldats du Génie réussissent à établir un pont sur la Puttelange en dépit d’un barrage antichar, afin de permettre au CC B de relancer son attaque. Le 25, le 15th Tank Battalion passe le pont. L’avance sur la rive opposée démarre avec difficulté, les chars de tête devant guider le reste entre les cratères et les ornières boueuses. 5 Sherman sont détruits par des PaK antichars et le 15th TB doit se replier.

– Plus au sud, le 737th TB du Lt.Col. F.M. Kroschel – alors rattaché au CC B – échoue lui aussi à se frayer un chemin dans la boue et sous le feu des PaK. En revanche, 2 Compagnies du 134th Infantry Regiment atteint le Maderbach en crue à Rernering, où elles font leur jonction avec l’infanterie blindée. Le CC A, alors maintenant collé au CC B, se trouve alors en position pour attaquer sur le flanc gauche. A Valette, les chasseurs-bombardiers du 377th Squadron lâche des bombes de 500 livres sur les positions allemandes. Puis, le 9th Armored Infantry Battalion du Lt.Colonel Britton charge à la baïonnette sur une pente légère et nettoie les positions allemandes après un violent corps-à-corps. Le 26 novembre, le 69th TB attaque au travers de la Forêt de Puttelange afin de déborder les forces ennemies. Tout se passe pour le mieux, avant que les troupes ne débouchent à l’est des bois. Les chars ne peuvent alors manœuvrer à travers la bout et le Colonel Forrest est contraint de retirer ses hommes à la lisière de la forêt mais tombe dans une embuscade. Il est tué par un tir de mortier. Mais le CC B se trouve en position face au Maderbach. Grow fait alors passer l’ordre à son aile gauche de tenir pour envoyer le 134th Infantry de Miltonberger nettoyer la rive ouest depuis Hilspirch. Cette opération s’avère être un succès mais les chars sont encore retenus par la boue. Finalement, le 27 novembre, la 80th Infantry Division reprend son avance sur l’aile nord du XIIth Corps, contraignant Balck et von Knobbelsdorf à évacuer leurs forces tenant le Maderbach. Du coup, Eddy peut déployer la 6th Armored sur le cours d’eau, pendant que la 35th Division se retrouve placée en réserve. La « Santa Fe » a perdu 1 998 hommes dont 349 tués. De son côté, la « Super Sixth » de Robert W. Grow a perdu 94 chars – mais dont 2/3 de réparables – mais a mis hors d’état 73 blindés allemands et près de 200 canons antichars. Elle a aussi perdu 162 tués, 725 blessés et 47 disparus.

Source : http://www.history.army.mil/

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5 – L’attaque de la 80th Infantry Division
dans le secteur de Faulquemont

 – Le 17 novembre, la 80th Infantry Division de Horace G. McBride se trouve en position défensive à l’est de Faulquemont après 102 jours de combats discontinus. La logistique divisionnaire en profite aussi pour fournir les soldats en vêtements secs.  Mais si la 80th Division se réorganise, la 36. VGD d’August Wellm en fait de même, après avoir reçu l’autorisation de se replier sur la Nied allemande et d’occuper les collines au nord et au nord-est de Faulquemont, où la portion de la Ligne Maginot offre la possiblié d’établir une défense bien mieux organisée. Le SS-Gruppenführer Max Simon, remplaçant Hermann Priess à la tête du XIII. SS-Korps, a donné son assentiment craignant que l’attaque américaine dans ses flancs. Toutefois, Wellm a laissé 1 compagnie renforcée du Grenadier-Regiment 165 tenir Faulquemont.

– Durant le bref temps de repos, Patton rend visite à McBride et sans doute furieux, lui demande pourquoi sa division ne s’est toujours pas emparée de Faulquemont et des hauteurs alentours. Piqué au vif par cette « question », McBride suggère à Eddy de faire tomber la position de Faulquemont. Surpris par cette position, Eddy donne néanmoins son accord. Cependant, les rapports des patrouilles rapportent à McBride que la Nied allemande est solidement tenue. Le 20 novembre, en parallèle de l’attaque conjointe des 35th Infantry et 6th Armored Divisions, McBride ordonne d’effectuer une reconnaissance en force pour sécuriser les têtes de ponts au nord de la Nied allemande à Faulquemont et Pontpierre. L’arrière-garde allemande a négligé de détruire le pont de Faulquemont et les deux régiments de tête en prennent vite le contrôle et établissent une première tête de pont au nord de la Nied. La position est élargie le lendemain, les Américains ne faisant face qu’à une résistance légère. Mais pour autant, les homes de McBride n’ont pas encore rencontré la force principale de la 36. VGD.

– Du côté allemande, la Falkenberg-Stellung – dans laquelle la 36. VGD est déployée – s’étent le long d’une ligne formée par les villages de Haute-Vigneulle et de Bambiderstroff, environ 2,4 km au-delà de la Nied allemande, qui forme alors un angle à Tritteling et Tétring ; le second village barrant la route de Saint-Avold. Le gros des lignes ennemies s’appuie sur des ouvrages de la Ligne Maginot. Mais la 36. VGD se trouve considérablement affaiblie au niveau de ses effectifs, en dépit de l’apport d’un bataillon provenant de la 347. VGD, située juste au nord.

Le 25 novembre, après une préparation d’artillerie de cinq minutes, la 80th Infantry Divison attaque avec ses trois régiments, soutenus par le 702nd TB, les 610th et 808th TDB et le 42nd Cavalry Squadron qui protège ses flancs. A 13h00, tous les ouvrages principaux se trouvent aux mains des Américains. Les GI’s nettoient les bois et les collines, pendant que les chasseurs de chars neutralisent méthodiquement les nids de mitrailleuses et les bunkers. En tout, la « Blue Ridge » Division envoie 600 prisonniers dans ses lignes. Les rapports du Generalmajor Wellm attribuent l’effondrement de la 36. VGD au feu roulant américain. Les Allemands commencent à se replier devant les 80th et 5th Infantry Divisions mais le 26 novembre, plusieurs détachements d’arrière-garde tentent de retenir les Américains. L’un des bataillons du 318th Infantry Regiment doit même repousser cinq contre-attaques lancées par les restes du II/Grenadier-Regiment 165. Les bataillons d’artillerie de la division doivent eux aussi arrêter la sixième.
Au centre de la division, le 319th Infantry Regiment du Colonel Taylor combat durement pour s’emparer de Saint-Avold, pendant que le 317th Infantry atteint le plateau dominant la ville. Le jour suivant, le 318th Infantry du Colonel Lansing McVickar et le 319th Infantry entrent dans Saint-Avold vidée de ses occupants. En fait, durant la nuit, le XIII. SS-Korps s’est finalement replié sur la rive occidentale de la Sarre.

– Avec la prise de Saint-Avold, la Major.General McBride ordonne au 317th Infantry du Colonel Lewis de tourner vers le nord le 27 novembre pour talonner les Allemands en retraite. Mais comme le note Lewis, « seule l’infanterie peut progresser sûrement » en raison de l’état déplorable des voies de circulation. Laissant ses camions et half-tracks derrière lui, le 317th Infantry s’élance dans la boue et reprend contact avec l’ennemi près de Seingbouse, à 5 km à l’est de Saint-Avold. Le Colonel Lewis donne alors ordre à son régiment de se déployer et lance son 3rd Battalion à l’attaque en direction de Fareberswiller, tandis que les 1st et 2nd Battalions attaquent en tenaille, respectivement par le sud et le nord.

– Le 29 novembre vers 09h00, le 3rd Battalion réussit à accrocher Farebersviller et commence mener un combat maison par maison contre des éléments de la 17. SS « G.v.B ». A la sortie de la ville, une portion de la voie ferrée nord-sud est tenue par une réserve tactique composée de Panzergrenadiere du SS-PzGren.Regt 38 et de blindés légers de reconnaissance du SS-Panzer-Aufklärungs-Abteilung 17. Pendant l’après-midi, les A et C Companies du 1st Battalion franchissent la voie ferrée au sud de Farebersviller et atteignent la lisière du bois. Vers 16h00, 7 chars allemands et 1 compagnie d’infanterie lourde se glissent entre les deux compagnies de têtes et le reste du bataillon. Mais une patrouille de la B Company surprend un groupe d’Allemands qui gardent des prisonniers américains. Cela n’empêche pas les troupes de choc allemandes de rejeter les Américains à l’ouest de la voie ferrée et dans la moitié ouest de Farebersviller. Vers 20h00, 3 ou 4 chars et environ 300 Panzergrenadiere chargent contre les Américains qui tienennt ferme leurs positions. Durant la matinée du 29 novembre, des chars et des chasseurs de chars arrivent à la rescousse. Mais les Allemands qui se sont renforcés, reviennent à l’assaut et reprennent Farebersvillers, forçant les restes du 3/317th à s’enterrer. Toujours durant la journée du 29, les Allemands lancent plusieurs contre-attaques contre le 2/317th mais sont arrêtés par un tir de barrage d’artillerie. La nuit du 29-30 novembre, McBride ordonne au 318th Infantry de McVickar de relever le 317th Infantry sérieusement secoué.  Mais les opérations de la 80th Division cessent-là. Elle a perdu 2 728 hommes dont 513 tués mais a ramassé 3 943 prisonniers ennemis.

– L’offensive de novembre a permis au XIIth Corps de remporter des gains sensibles mais sans effectuer la pénétration espérée en territoire allemand, à la fois en raison principalement du mauvais état des routes et du temps déplorable, même si en certains endroits la résistance allemande a été particulièrement tenace sinon efficace.
Cependant, la IIIrd Army a prélevé un lourd tribut aux Allemands. En effet, si à la fin du mois de novembre, Hermann Balck et ses subordonnés peuvent encore aligner 8 divisions d’infanterie et 4 blindés sur cette partie du front, leurs forces ont été considérablement amenuisées.

Source : http://www.history.army.mil/

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C – L’AVANCÉE SUR LA LIGNE SIEGFRIED (DÉCEMBRE 1944)

1 – La prise de Sarre-Union

– Le 30 novembre, le XIIth Corps débute sa manœuvre d’enveloppement de Sarre-Union. A cette date, sa ligne de front suit une ligne Béning-lès-Saint-Avold (sur la Rosselle) – Mackwiller (à la jonction avec la VIIth Army).  L’opération est confiée aux 4th Armored et 26th Infantry Divisions qui ont en face d’elles la 25. Panzergrenadier-Division de Paul Schürmann, correctement doté de 80 Panther, 1 Kampfgruppe de la Panzer-Lehr et quelques chars de la 11. Panzer-Division.

– L’attaque commence le 1er décembre, coordonnée entre le CC B (8th Tank Battalion et 51st Armored Infantry Battalion) de Dager et le 101st Infantry Regiment du Colonel Scott. Avançant en deux colonnes, le CC B pousse lentement vers la Cote 318 au nord de Mackwiller et à l’est de Rimsdorf sur sa gauche. Pendant ce temps, el 3/101st Infantry avance vers Sarre-Union pendant que le 1/101st Infantry nettoie les bois de Bannholtz sur la droite du régiment mais rencontre une vive résistance. Son commandant, le Lt.Col. L.M. Kirk est blessé. Mais le bataillon achève sa mission à la fin de la journée. De son côté, le CC B se retrouve vite pris dans une série d’accrochages qui le retardent davantage et gagnent en intensité à mesure que les GI’s s’approchent de la Cote 318. La A Company du 8th TB mène l’assaut contre la Cote 318 avec l’aide de fantassins portés et repousse un détachement de Panzer. L’attaque réussit mais s’avère coûteuse. Les Lt.Col. Arthur L. West et Major Van Arnam, commandants respectifs des 10th et 51st Armored Infantry sont blessés.

– Malgré la lenteur, le CC B finit par repousser les Allemands et le 3/101st s’approche encore de Sarre-Union en longeant la rive est de la Sarre. Ses I et K Companies entrent alors dans la ville pour n’y trouver qu’une poignée d’Allemands, rapidement maîtrisés. Mais la prise de la Cote 254 qui domine la ville s’avère bien plus difficile. Les deux compagnies accusent de lourdes pertes et doivent se réfugier dans la ville où elles doivent repousser plusieurs contre-attaques allemandes venues des collines. Pendant la nuit, les Allemands réussissent à entrer dans Sarre-Union. Par conséquent, le 2 décembre, le Colonel Scott est forcé de lancer son régiment dans une opération de réduction minutieuse des positions ennemies. Toutefois, 1 compagnie du 104th Infantry arrive en renfort pour rejeter les défenseurs. En même temps, la 4th Armrored Division coupe la route Sarre-Union – Domfessel et s’empare de la Cote 332 sur la grand-route Voellerdingen – Oermingen. Blindés et fantassins portés doivent encore repousser des attaques de petits Kampfgruppen hâtivement formés au sein de la Panzer-Lehr. Ses petites attaques auraient pu avoir un effet plus sérieux sans l’intervention des P-47 « Thunderbolt » qui matraquent un parti de Panzer concentrés près de Domfessel. Toutefois, le 3 décembre, 8 Panzer appuyés par des Panzergrenadiere de la 11. PzD mènent une charge sur la route d’Oermingen et dans Sarre-Union, capturant même le commandant de l’I Company. L’infanterie américaine trouve alors refuge dans les caves et celliers, pendant que des observateurs d’artillerie guident les tirs de 105 mm. En 10 minut