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Témoignage bouleversant d’un poilu remerciant sainte Thérèse, patronne secondaire de la France

Extrait de l’ouvrage Nous poilus. Plus forte que l’acier paru au cerf (mai 2014). La lettre est datée du 1er octobre 1915, signée de la main de l’adjudant V. Dardet, 274e d’infanterie, 23ème compagnie.

« Et maintenant, ma chère cousine, voilà ce qui vient de m’arriver : Je viens d’échapper à la mort d’une façon si extraordinaire, qu’il serait absurde de ne pas reconnaître la main de Dieu, prié par sa sainte servante. Le 26 octobre à six heures du matin, nous recevions l’ordre de nous porter à l’attaque de la tranchée allemande. Il faisait un brouillard intense. Nous ne savions pas trop où se trouvait cette tranchée.

Je sors donc avec tous les hommes de ma section et au moment où l’ordre fut donné, en montant sur la tranchée, après avoir donné moi même des ordres à mes hommes, en moi je pensais à Dieu et voilà à peu près ce que je lui dis :  » Mon Dieu je vous aime, pardonnez-moi mes offenses et que votre volonté s’accomplisse » et aussitôt  » petite sœur sainte Thérèse ayez pitié de mes enfants et si telle est la volonté de Dieu, faites que je leur sois rendu si vous me donnez la vie saine. J’irai à Lisieux, sur votre tombeau et je témoignerai au Carmel de la grâce que vous m’avez  obtenue »(…)

Nous partons donc à l’attaque, le sabre d’une main le revolver de l’autre, nous faisons une centaine de mètres dans le brouillard et alors, ah! ma pauvre cousine, si vous aviez vu ! Les Allemands que nous avions cru attaquer de face étaient sur notre droite. Alors il nous tombe à moins de 60 mètres une nuée de balles; fusils, mitrailleuses toute marche et dans notre situation de flanc nous ne pouvons pas répondre (…) Mes hommes tombent comme des mouches. N’importe dans le fracas et les cris des mourants et des blessés, je réussis en un clin, à grouper ce qui me reste et je me précipite sur la tranchée allemande. Nous ne courons, nous ne pouvons plus, nous somme si à bout de souffle, tant pis nous marchons et au moment où nous allons les tenir, une dernière rafale me couche ce qui me reste d’hommes, moins de trois ou quatre ; tant pis nous marchons encore et alors, à bout portant presque, je reçois un formidable coup d’assommoir à la tête, je tourbillonne un moment et je suis précipité avec une violence épouvantable dans un trou d’obus qui se trouvait là, fort heureusement. Je perdais le sang à flots, deux autres blessés viennent me rejoindre dans ce trou, l’un a la jambe emportée par une balle explosive, l’autre et littéralement criblé comme une écumoire par une mitrailleuse. Un troisième blessé essaie d’arriver dans ce trou, mais il est immédiatement achevé avant d’y arriver, un quatrième blessé voyant le sort de ses camarades se couche sur le ventre et fait le mort pendant un moment. Malheureusement, nous sommes trop près de la tranchée allemande, quatre ou cinq mètres à peine. Le pauvre malheureux a fait un mouvement. Le Boche l’a vu et alors se produit une scène de sauvagerie inouïe. Une mitrailleuse est braquée dessus et toutes les deux minutes environ on lui envoie une balle dans la tête, les misérables ! Et dire que je suis là impuissant, quel supplice ! De plus, l’un des blessés qui sont dans mon trou entre en agonie, c’est celui qui a été criblé, enfin il meurt à bout de sang. Je ne sais comment cela se fait mais je n’ai pas perdu connaissance à ce moment, mais le sang coule toujours et je me sens faible. Je me souviens que j’ai de l’alcool de menthe, vite j’en prends quelques gouttes et j’en  donne une bonne rasade à l’autre blessé qui est avec moi et qui perd son sang à flot également. La vue de tout ce sang me rend à moi-même , car je sens bien que je perds mes forces. Je prends vite mon paquet de pansements et je réussis à arrêter l’hémorragie de ma tête. Ma pauvre chère cousine, quel cauchemar ! Pendant douze heures avec les morts et les mourants dans au moins  à  centimètres de sang, sous un soleil torride avec déjà trois cadavres dont l’un est sur moi et pas la force de pouvoir le repousser. De nouveau, j’adresse une prière à Dieu et je sens que je vais m’endormir. Vite je réagis car il me semble que c’est la mort. (…) Enfin toujours voilà la nuit, je fais à nouveau une prière et je sors de mon trou. Presque aussitôt les Allemands m’ont vu et me tirent dessus de tous cotés fait nuit et en me traînant sur les mains le ventre et les genoux, je réussis enfin à regagner les lignes françaises. Sauvé! Mon Dieu soyez béni.

Mais dans tout cela qu’est-ce qui m’était donc arrivé ? C’est bien simple une balle m’était arrivé en pleine tête , à droite au dessus de l’oreille dans mon casque ( car nous avons des casques maintenant) qu’elle avait traversé. Logiquement la balle devait me traverser la tête de part en part et ressortir vers l’oreille gauche. Et bien non! Elle dévia, suivit le tour du casque en  déchirant la doublure et en me labourant la tête jusqu’à l’os sans trop l’atteindre pour aller sortir derrière la tête à gauche et à la base du casque. Je l’ai gardé mon casque, je vous le ferai voir. Eth bien ma chère cousine, là ou beaucoup de monde voit un pur hasard, moi j’y vois autre chose. Je vois tout simplement la main de Dieu sollicitée par notre petite sainte. Aussi soyez-en sure, dès que je le pourrai, je tiendrai ma promesse et cela pourrait peut être se faire bientôt. Recevez ma chère cousine, l’expression de mes meilleurs sentiments et à bientôt de vos nouvelles. »

 

* Photo article http://jpdelory.e-monsite.com/pages/14-18/un-poilu-de-14-18.html