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Vins pour Noël : les Seigneurs de la Côte de Nuits (2)

1 – Crus de Chambertin

Chambertin : Ses premières productions sont contemporaines de Philippe Auguste et de Saint Louis, avant qu’il ne soit considéré comme le Roi des vins en Europe sous Louis XIII et Louis XIV. Le vignoble de Chambertin occupe un excellent coteau qui monte jusqu’à 300 mètres. C’est un vin fin, au joli bouquet, à forte teneur en sève et moelleux, à la robe vive aux nuances allant du rubis foncé à la cerise noire. Ses arômes comptent le cassis, la framboise, la cerise à l’eau de vie, l’épice, la réglisse, la rose, le jasmin, la réséda, la mousse de sous-bois et le gibier
On peut le consommer pendant 10, 20, 30 et 50 ans, avant de le servir avec du poisson (truite ou brochet pochés au Chambertin), du coq au Chambertin, du gibier noble (chevreuil, sanglier et lièvre) et du fromage (ami du Chambetin).

a – Gevrey-Chambertin : Première appellation recevant le nom de Chambertin, situé à une douzaine kilomètres au sud de Dijon, le Gevrey est un vin au rubis très coloré, qui s’assombrit pendant sa jeunesse. Il révèle des arômes de fraise, de cassis, de violette, de réséda pendant sa jeunesse. Avec l’âge, les arômes évoluent vers le cuir, la fourrure et la réglisse. La bouche carrée, puissante, soutenue mais équilibrée est la marque d’un grand vin de Bourgogne. Le Gevrey-Chambertin accompagne fort bien un Coq au vin, un bœuf en dauble, du fromage (chaource) mais aussi du poisson de rivière (sandre au vin). Il peut se conserver de 3 à 15 ans.

b – Chambertin-Clos-de-Bèze : Voici le doyen de tous les Seigneurs de Bourgogne. Sa production est mentionnée dès l’année 640. Le Clos de Bèze a appartenu aux Chanoines de Langres jusqu’en 1790. Doté d’une robe colorée, limpide et profonde, d’une bouche longue, puissante, charnue et élégante, il libère des arômes de griotte, de framboise, de réglisse, de cassis et de mûre. Il est à servir avec des plats nobles tels la gigue de chevreuil et le pigeon aux épices.
Doyen dans l’Histoire, il l’est aussi dans la garde car on peut le conserver pendant 10 à 20 ans, voire même jusqu’à 30 ou 50 ans !

c – Chapelle-Chambertin : Le nom de cette appellation vient de la chapelle Notre-Dame-de-Bèze bâtie en 1155 (détruite vers 1830). D’une robe sombre, c’est un vin à dominante empyreumatique qui laisse toutefois s’exprimer les notes végétales, épicées, grillées, ainsi que le parfums de framboise et de cannelle. Il est fort de tanins puissants et d’une bouche persistante. Il faut donc le laisser vieillir pendant dix ans avant de le servir. Il peut se garder jusqu’à cinquante ans. On le sert avec du lapin au raisin de chasselas, de la palombe rôtie, du pigeon ou du canard aux épices.

d – Charmes-Chambertin : Son nom vient de « chaume ». Produit à partir d’un sol caillouteux, c’est un vin élégant, gras, concentré et soyeux qui délivre des arômes de violette, de réglisse avec des nuances vanillées. Comme le précédent, on peut le consommer à partir de 10 ans d’âge ou bien le conserver jusqu’à une cinquantaine d’années. Il est à servir avec de la volaille aux truffes, de la gigue de chevreuil, du filet de biche et du pigeon aux épices.

e – Griotte-Chambertin : Ce cru (dont le nom vient de « crais » qui signifie terrain caillouteux) presque minuscule produit un vin fin et puissant, à la robe rouge sombre, aux arômes de fruits rouges et de fruits noirs bien mûrs et aux accents de réglisse.  Son potentiel de garde est le même que les précédents. Il accompagne de truite ou le brochet pochés, le sandre, le coq au vin, les viandes blanches, les fromages (ami du Chambertin) et même les pêches de vigne au Chambertin.

f – Mazis-Chambertin : Son nom apparaît dès 1420, en pleine Guerre de Cent-Ans mais aux premières heures de gloire du Grand Duché d’Occident de Philippe le Bon. Comme les précédents, c’est un vin de très longue garde, puissant et riche qui possède une robe sombre mais délivre des accents de cerise confite, de myrtille, d’épices, de cuir et de réglisse.
Il est à servir avec du poisson (truite et brochet pochés), du civet de lièvre, du bœuf en daube de l’Ami du Chambertin pour le fromage.

g – Mazoyères-Chambertin : Ce grand cru situé sur la Route des Vins peut être confondu avec l’appellation de Charmes-Chambertin. Il possède une robe rouge vive tirant sur les nuances violacées, délivre des arômes de griotte, des notes grillées ainsi que des nuances de cuir. La bouche est puissante mais complexe sur le fruit et longue.
Il accompagne bien les poissons de rivière, le gibier, les volailles aux truffes, l’Ami du Chambertin et les époisses.

h – Ruchottes-Chambertin : Le nom de cette appellation vient de « ruchots » ou « roncheux », ce qui désigne les rochers à fleur de terre. Le Ruchottes-Chambertin est doté d’une robe d’un rubis vif aux nombreux reflets. Son bouquet, discret, libère du cassis, de la groseilles, de la framboise, de la rose et du jasmin. C’est un vin vigoureux et riche en tanin mais aussi gras et fondu. On le déguste volontiers avec de la truite, de la matelotte de la Saône, du brochet poché au Chambertin, du gibier, du bœuf en daube et de l’Ami du Chambertin. Bien entendu, il est, lui aussi, un vin de très longue garde.


2 – La Romanée

– Classée Grand Cru depuis 1833, possession de la famille d’un Maréchal de Napoléon Ier, la Romanée demeure l’un des plus prestigieux vignobles de la Côte-de-Nuits. Le vin est un peu dur pendant sa jeunesse avant d’évoluer vers le velours et la cerise fraîche. Toutefois, selon le millésime la Romanée peut s’avérer fruitée ou corsée. Sa robe est soutenue et profonde dans la jeunesse avant d’évoluer vers la vivacité après quinze ans de garde. Son nez reste fermé dans ses jeunes années avant que l’âge ne libère de la figue, de la datte, de la prune, du fruit confit, du musc, du cuir et de la fourrure (les notes animales nécessitant de l’aération pour se révéler).

– Vin de très longue garde (vingt à cinquante ans selon les années), la Romanée se déguste avec du gibier à plumes (faisan, perdreau, pigeon), du gibier à poil (noisette de chevreuil aux raisins), du chapon aux truffes, du gigot ou de la selle d’agneau et du fromage de Bourgogne (époisses et Cîteaux).

3 – Vosne-Romanée

– Étendu sur 98 ha répartis entre Flagey-Echézeaux et Romanée, le vignoble de Vosne-Romanée produit de très bonnes appellations villages et surtout, plusieurs meilleurs crus de la Côte de Nuits. On y trouve ainsi : Les Beaux-Monts, Les Rouges, En Orveaux, Les Suchots, Aux Brûlées, Cros Parantou, Les Petits Monts, Les Reignots, Les Malconsorts, Dessus les Malconsorts, Les Chaumes, Clos des Réas et La Croix Rameau. Le Vosne-Romanée est un grand vin de garde qui nécessité plusieurs années de vieillissement (cinq à quinze ans) pour acquérir de la maturité.


– Le Pinot Noir donne des vins distingués à la bouche veloutée et à la robe intense de tendance rouge feu évoluant vers le grenat. Bien qu’un peu austère pendant ses jeunes années, il acquiert des tanins enrobés pendant son vieillissement avant d’obtenir une remarquable longueur en bouche. Jeune, le Vosne-Romanée libère des arômes fondus et raffinés de fruits mûrs sur fond épicé pendant sa jeunesse, de fraise, de mûre, de myrtille, de cassis et d’autres petits fruits noirs. Avec le vieillissement, les arômes évoluent sur l’eau-de-vie, le fruit confit, le cuir, la fourrure et même sur des notes de torréfaction (café).

– Vin noble, le Vosne-Romanée accompagne volontiers les Œufs en Meurette, les gibiers à poil (sanglier, marcassin, chevreuil), le canard aux navets, le poulet de Bresse, les fricassées de Champignon et les fromages à pâte molle (brie, Saint-Nectaire, Coulommiers).

3 – Romanée-Conti

– Le nom de cette prestigieuse appellation vient du fait qu’en 1760, le duc Louis-François de Bourbon-Conti acheta la propriété des moines de Saint-Vivant. Produit en petite quantité (6 000 bouteilles tout au plus), c’est l’un des vins les plus chers au monde au très bon potentiel de garde (dix, vingt, cinquante ans selon les années). Dans sa jeunesse, c’est un vin discret mais parfaitement structuré et souple pendant sa jeunesse, en plus d’une robe vive et lustrée. Au cours de son vieillissement, il gagne en finesse et en complexité tout un acquérant un bouquet complexe fait de rose à peine fanée, de raisin en fleur, de mûre, de violette, de terre mouillée, de noyau de cerise, de cèpe, de truffe, de noix, de musc et de cuir.

– Le Romanée-Conti accompagne le carré de mouton, le lièvre à la royale, le filet de levreau truffé, le rôti de bœuf et les fromages (cîteaux, Saint-Nectaire, Coulommiers, Brillat-Savarin et Reblochon).

4 – Romanée-Saint-Vivant

– Autre très grand cru portant le nom de Romanée, le Romanée-Saint-Vivant était propriété du Grand Prieuré de Cluny sur les terres duquel était bâtie l’abbaye de Saint-Vivant-de-Vergy. Il est produit chaque année à 40 000 bouteilles environ. On dit de lui que c’est un grand vin « féminin », à la robe soutenue et étoffée, réservant un goût de cerise. Avec l’âge, il gagne en grâce, en finesse et en gras. Le nez révèle la rose, la cerise, parfois la résine, la pistache, l’encens et la menthe poivrée.

– Vin vénérable, on peut le garder jusqu’à cinquante ans mais on ne peut l’ouvrir qu’à partir de cinq ans de vieillissement. Il accompagne fort bien le gibier, le lièvre à la royale, le coq au vin et le cîteaux.

5 – Richebourg

– Produit sur des climats(coteaux) jumeaux de Vosne-Romanée, sur un terroir orienté à l’est-nord-est, le Richebourg est aussi l’un des plus grands vins de Bourgogne. On peut le garder de cinq à quinze ans, voire davantage encore. Il a besoin de vieillir afin de monter en puissance afin d’acquérir son équilibre après l’intensité de ses jeunes années. C’est un vin élégant, racé et faisant montre d’une bonne concentration. Sa robe peut présenter un rubis léger ou bien un joli velours mais dans les deux cas, elle reste intense, dense, lumineuse et soutenue. Ses arômes dévoilent du cuir, des nuances de santal, de la fleur de pêche, du lichen, du sous-bois, du champignon, de la cerise, du cassis, ainsi que des fruits cuits ou confits.

– Il accompagne dignement une pièce de Charolais, du pigonneau, du chapon aux truffes, du faisan au céleri, de la noisette de chevreuil aux raisins et du lièvre à la royale.

Source :
– Dictionnaire des vins de France, Hachette, 2010