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12 juin 1709 : Louis XIV fait publier sa lettre d’appel à l’aide à ses Sujets

Replaçons-nous dans le contexte. Suite aux ravages du « Grand Hiver » de 1708-1709 et aux difficultés militaires rencontrés face à une coalition mêlant la Hollande, l’Autriche, l’Angleterre, la Prusse, la Savoie et la Hollande contre son Royaume et l’Espagne, Louis XIV et son Secrétaire aux Affaires Etrangères, Jean-Baptiste Colbert de Torcy entament des négociations avec les adversaires de la France. Si le Roi de France accepte plusieurs conditions d’ordre territorial, il ne peut en accepter une : déclarer la guerre à son petit-fils Philippe V d’Espagne pour le forcer à se retirer du trône d’Espagne. Après avoir sèchement congédié l’ambassadeur anglais, Louis XIV inspiré par Colbert de Torcy, fait rédiger une lettre qui se veut un appel au peuple. Le Souverain y explique à ses Sujets que les puissances ennemies lui imposent des conditions inacceptables et leur demande de l’aider par une véritable mobilisation.

En voici la contenance :

« L’espérance d’une paix prochaine était si généralement répandue dans mon royaume que je crois devoir à la fidélité que mes peuples m’ont témoignée pendant le cours de mon règne, la consolation de les informer des raisons qui empêchent encore qu’ils ne jouissent du repos que j’avais dessein de leur procurer.

J’avais accepté, pour le rétablir, des conditions bien opposées à la sûreté de mes provinces frontières ; mais, plus j’ai témoigné de facilité et d’envie de dissiper les ombrages que mes ennemis affectent de conserver de ma puissance et de mes desseins, plus ils ont multiplié leurs prétentions ; en sorte que, ajoutant par degrés de nouvelles demandes aux premières et se servant, ou du nom du duc de Savoie, ou du prétexte de l’intérêt des princes de l’Empire, ils m’ont également fait voir que leur intention était seulement d’accroître aux dépens de ma couronne les États voisins de la France et de s’ouvrir des voies faciles pour pénétrer dans l’intérieur du royaume toutes les fois qu’il conviendrait à leurs intérêts de commencer une nouvelle guerre […].

Je passe sous silence les insinuations qu’ils ont faites de joindre mes forces à celles de La Ligue, et de contraindre le roi, mon petit-fils, à descendre du trône, s’il ne consentait pas volontairement à vivre désormais sans États, à se réduire à la condition d’un simple particulier. Il est contre l’humanité de croire qu’ils aient seulement eu la pensée de m’engager à former avec eux une pareille alliance. Mais, quoique ma tendresse pour mes peuples ne soit pas moins vive que celle que j’ai pour mes propres enfants ; quoique je partage tous les maux que la guerre fait souffrir à des sujets aussi fidèles, et que j’aie fait voir à toute l’Europe que je désirais sincèrement de les faire jouir de la paix, je suis persuadé qu’ils s’opposeraient eux-mêmes à la recevoir à des conditions également contraires à la justice et à l’honneur du nom FRANCAIS.

J’écris aux archevêques et évêques de mon royaume d’exciter encore la ferveur des prières dans leurs diocèses ; et je veux en même temps que mes peuples, dans l’étendue de votre gouvernement, sachent de vous qu’ils jouiraient de la paix, s’il eût dépendu seulement de ma volonté de leur procurer un bien qu’ils désirent avec raison, mais qu’il faut acquérir par de nouveaux efforts, puisque les conditions immenses que j’aurais accordées sont inutiles pour le rétablissement de la tranquillité publique… »

Cette lettre sera lue en chaire dans les églises et les cathédrales du Royaume. Le résultat ne se fait pas attendre, les paysans et petits artisans s’engagent dans les rangs de l’Armée royale, pendant que des nobles et des bourgeois vont jusqu’à vendre leur vaisselle pour financer la levée de régiments et la fabrication d’armes.