Vous êtes ici : France Histoire Esperance » histoire » 16 mai 1364 : Victoire de Cocherel

16 mai 1364 : Victoire de Cocherel

L’enjeu de cette bataille était le dégagement du Blocus de Paris par le cours moyen de la Seine (ouest) qui était alors tenu par les routiers navarrais du Roi Charles II dit le Mauvais. Ce dernier avait l’avantage de disposer du Comté d’Évreux (dont il avait hérité par sa mère, Jehanne de Navarre, Comtesse douairière d’Evreux et petite-fille de Philippe le Bel).

– Pour prévenir de toute tentative française de dégager cette région, Édouard III d’Angleterre a
fait acheminer une armée de gascons pro-Anglais commandée par son féal Jehan (Johan) III de Grailly Captal* de Buch.
Buch, secondé par Jean Le Bascon de Soult (Sault) dit « le Bâtard de Mareuil », ainsi que par les Anglais Jean Jouel et Blanchourg dispose de 6 000 hommes, piétons, cavaliers (900) et archers. Gascons et Anglais pour la plupart.

– Le Roi Charles V charge celui qui deviendra son plus fidèle chef de guerre, le Breton Bertrand du Guesclin dit « le Dogue Noir de Brocéliande ». Charles V qui doit être sacré et ceindre la couronne de France sait qu’il a ABSOLUMENT BESOIN D’UNE VICTOIRE pour reconquérir les esprits de ses sujets après le règne catastrophique de son père Jean II le Bon.

– Le Breton commande à une troupe moins nombreuse et moins homogène, formée par des Bourguignons, des Picards, des gens du Parisi et des Bretons – 200 routiers loyaux à du Guesclin. Ce dernier a pour lieutenants Jehan III de Chaslon Comte d’Auxerre, Beaudouin de Lens Sire d’Annequin et Grand Maître des Arbalétriers, le Vicomte de Beaumont , Jehan de Vienne (futur Amiral de France) à la tête des Bourguignons le Sire de Beaujeu.
Au départ, Arnauld de Cervole dit l’Archiprêtre – personnage de sinistre réputation en Poitou et en Provence – vient prêter son épée au parti français.. avant de faire défection pour se mettre au service du Navarrais. Il ne participera toutefois pas à la bataille.

– Les Anglo-Navarrais occupent une hauteur et ont donc l’avantage du terrain. Du Guesclin a scindé ses forces en trois et pallie son infériorité numérique en adaptant ses techniques de combat. En effet, il ordonne à ses Gascons – réputés pour leur férocité dans le combat – de raccourcir la hampe de leur arme de hast (lance, épieu, hallebarde, guisarme, vouge) pour obtenir l’avantage du contact.

– Jehan de Grailly décide de forcer les français à se lancer à la charge contre ses rangs d’archers en feintant de retirer 1 500 de ses hommes du champ. Mais du Guesclin n’est point dupe. Non seulement il reste sur place mais il feint de retirer l’un de ses trois groupes pour faire croire à une retraite générale des Français.

– Lisons un peu ce que dit Jehan Froissard  :
« Les archers anglais commencent à dévaler des hauteurs, malgré l’avertissement de Blanchourg qui craint une ruse. A peine les Anglo-Navarrais sont-ils dans la vallée que les Français se retournent et contre-attaquent avec fureur.
C’est la terrible mêlée habituelle, mais cette fois, les hommes de duGuesclin ont l’avantage de la surprise. A pied, ils combattent à l’épée ; à la
hache ou à la lance alors que les archers anglais, dont l’arme est devenu
inutile, commencent à se débander.
Cependant, le captal se défend avec une énergie redoutable. On peut se
demander un moment qui va l’emporter. Du Guesclin abat lui-même de son
épée, le bâtard de Mareuil qui l’injuriait (Mareuil avait tué le Comte d’Auxerre en combat singulier – NDLR).
Jouël est tué. Puis Bertrand fait donner de flanc la troupe de 200 Bretons
qu’il gardait en réserve. Ceux-ci jettent la panique chez les Navarrais. Cette
surprise lui permet d’emporter la décision.
Le captal Buch, blessé, rend son épée à du Guesclin pendant que quelques Navarrais prennent la fuite. »

« La journée est la nôtre, mes amis. » dira le valeureux chef breton.

« Portant la cotte à ses armes : d’argent à une aigle à deux têtes de
sable (noir), était du Guesclin. »

– La victoire de Cocherel est très importante pour le Royaume de France car c’est la première fois qu’une armée française bat très nettement un parti anglais. Plusieurs barons français hésitants viendront peu à peu mettre leur épée sous la bannière fleur-de-lysée du Roi de France et se joindre à l’entreprise de reconquête initiée par le Roi Sage.

Lire :
– MINOIS Georges : La Guerre de Cent Ans, Perrin
– FAVIER Jean : La Guerre de Cent Ans, Fayard