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2 décembre 1805 : Bataille « des Trois Empereurs » ; Victoire de Napoléon à Austerlitz

Après les victoires d’Elchingen et d’Ulm en octobre 1805 et l’entrée du Murat dans Vienne, Napoléon a néanmoins besoin d’une victoire importante car la Grande Armée se trouve loin de ses bases, d’autant plus que l’alliance formée par l’Armée Autrichienne de l’Empereur François Ier et l’Armée Russe du Tsar Alexandre constitue une force redoutable.

– Fin novembre 1805, par un temps enneigé, les 72 000 Français de l’Empereur se retrouvent face à 85 000 Russo-Autrichiens dépêchés par
François II et le Tsar Alexandre Ier. Les Alliés sont commandés sur le terrain par Franz von Weyrother pour les Autrichiens (avec les colonnes Kienmayer et Kolowrath) et Mikhaïl Il. Koutouzov pour les Russes avec : la Garde du Grand Duc Constantin, les colonnes de Bagration, d’Andrault de Langeron (un émigré français passé au service de la Russie), Dokhtourov et les Cosaques de Milodarovitch.

1 – Forces et plans

– De son côté, Napoléon s’appuie sur les forces suivantes : 1er Corps de Jean-Baptiste Bernadotte (chef d’état-major V-L. Berthier Divisions Riffaud de la Ravinière et Drouet d’Erlon), 3e Corps de Louis-Nicolas Davout (C.e-m. J. Daultane Division Friant), 4e Corps de Nicolas Jean-de-Dieu Soult (c.e-m Ch. Salligny – Divisions Vandamme, Saint-Hilaire et Legrand, Division de Cavalerie Légère Margaron et 3e Division de Dragons Beaumont) et 5e Corps de Jean Lannes (Divisions Suchet et Cafarelli du Falga, 2e Division de Dragons Walther). Une partie du 5e Corps forme la réserve, de même que la Garde Impériale (Jean-Baptiste Bessières). Enfin, la Réserve Générale de Cavalerie, l’une des principales forces de frappe de Napoléon est placée sous le commandement du Maréchal Joachim Murat. Celui-ci commande donc à la 1re Division de Cavalerie Légère (F-E. Kellermann), la 5e DC Légère (J-L-F. Fauconnet), ainsi qu’aux 1re et 2nde DC Lourdes (E-M. Nansouty et J-J. d’Hautpoul).

1805AusterlitzAlison– Le front s’étend au nord et au sud de la route Brünn (Brno) – Neu Rausnitz (voir carte). Les Austro-Russes forment une ligne de part et d’autre d’Austerlitz entre Rausnitz et les Marais de Satschan. Lannes (13 000 hommes) fait face aux 13 000 soldats du Corps de Bagration entre Bosenitz et Girtzikowitz, avec Bessières sur ses arrières. Sur la droite de Lannes, Soult et son 4e Corps se tiennent derrière le Goldbach, face au Plateau de Pratzen entre Girtzikowitz et Solkolnitz face à Przybitchewski, Kollowrath et Liechtenstein (43 000 hommes). Le 3e Corps de Davout qui forme l’aile droite française (8 000 hommes) s’accroche au Goldbach, entre Sokolnitz et Telnitz face aux colonnes russes de Dokhtourov qui protègent la rive nord-ouest de l’Outtawa, au nord-est des étangs de Menitz et Satschan. Murat se tient non loin de Napoléon qui a installé son poste de commandement au sud-est de Brünn. Enfin, le 1er Corps de Bernadotte forme la réserve avec 12 000 hommes.

– Du côté russe, le Grand Duc Constantin avec les régiments des gardes (grenadiers et cavalerie) forme la réserve de Koutouzov près d’Austerlitz. Enfin, en matière d’artillerie les Alliés alignent 278 bouches à feu contre moitié-moins pour les Français.

– Le Plan de Napoléon consiste à attirer les Austro-Russes sur le terrain qu’il aura choisi pour le combat. Pour cela, il faut inciter Koutouzov à faire descendre ses forces du plateau de Pratzen afin d’atteindre la route de Vienne, ce qui permettrait de couper toute retraite aux français. L’Empereur expliquera son idée ainsi : « Si je voulais empêcher l’ennemi de passer, c’est ici que je me placerais ; mais je n’aurais qu’une bataille ordinaire. Si, au contraire, je retire ma droite vers Brünn et que les Russes abandonnent ces hauteurs, ils sont perdus, sans ressource. » Ce qu’il veut c’est attirer les austro-russes sur sa droite, les fixer au pied de Pratzen avec Soult puis les tourner sur la gauche avec Lannes et la Cavalerie.

– Malgré son infériorité numérique, Napoléon a un avantage sur ses adversaires ; il est seul à commander. Chez les austro-russes, le Tsar est présent et commande à tout le monde, même s’il laisse les opérations à Koutouzov. Seulement, Alexandre fait confiance à l’Autrichien Franz von Weyrother. Celui-ci va ni plus ni moins tomber dans le piège tendu par Napoléon en marchant sur le centre français en quatre colonnes (Kolowrath, Kienmayer, Andrault de Langeron et Dokhtourov), pendant que Bagration lancera une attaque de diversion au nord contre le 5e Corps de Lannes.


2 – 2 décembre 1805 au
matin…

– A 04h00 du matin, alors que le brouillard s’accroche au champ de bataille, Weyrother fait descendre le Plateau de Pratzen à ses quatre colonnes pour marcher contre le 4e Corps de Soult. L’ombrageux chef du 4e Corps réplique alors en faisant passer les Divisions Vandamme et Saint-Hilaire sur la rive est du Goldbach dans le brouillard. Les austro-russes ne les voient pas. En revanche, à Telnitz, la colonne Kienmayer tombe sur la Division Legrand qui la repousse avec notamment le 3e Régiment de Ligne du Colonel Schobert. Un violent combat éclate pour le contrôle de Telnitz. D’abord repoussés, les hommes de Legrand contre-attaquent et reprennent le contrôle du bourg avant d’être relevés par des éléments du 3e Corps de Davout. En trois assauts infructueux, Kienmayer a perdu presque toute sa capacité de combat. Pire encore, en raison du brouillard, l’assaut de Weyrother tourne à la confusion. Langeron se retrouve bloqué derrière Liechtenstein, pendant que les brigades de Dokhtourov ne parviennent pas à maintenir le contact avec Kienmayer et Langeron.

– C’est avec un retard sérieux de plus de quatre heures que Langeron et Dokhtourov tentent de s’emparer de Sokolnitz dont le château n’est gardé que par une poignée d’hommes. Malgré leur infériorité numérique, les Français tiennent bon. Une contre-attaque de Soult permet de s’assurer le contrôle définitif de cette bourgade. Dokhtourov lâche alors ses brigades contre Telnitz, qui est prise et reprise trois fois mais Soult lui réplique avec les régiments de Dragons de la Division Beaumont.

– Croyant encore sa victoire possible, von Weyrother ordonne aux colonnes de Przybichevski et de Kolowrath de marcher contre le centre français. Mais arrivés dans les vallons qui bordent le plateau, les austro-russes se font violemment suprendre par les régiments de ligne de Saint-Hilaire et Vandamme qui chargent à la baïonnette et repoussent tout le monde. A 9h00, les troupes du Maréchal Soult tiennent le Plateau de Pratzen. Complètement surpris, Koutouzov ordonne alors à Langeron et Dokhtourov de redéployer une partie de leurs forces pour reprendre Pratzen et demande au Tsar de lui détacher une partie de la Garde. Alexandre accepte et ordonne à son frère Constantin d’envoyer 4 000 Grenadiers à pied sur Pratzen. Sont ainsi déployés les régiment Izmailovski, Semienovski, Preobrajenski et des Chasseurs de la Garde. Mais l’ordre de Koutouzov adressé à Andrault de Langeron et Dokhtourov ajoute encore à la confusion dans les rangs alliés pendant que les Français maintiennent toute leur cohésion.

– Quoi qu’il en soit, les Russes se lancent à l’assaut du Plateau de Pratzen mais se font implacablement repousser par l’artillerie française et les fantassins de Soult. Le 4e Régiment d’Infanterie de Ligne de Joseph Bonaparte (Brigade Ferry, Division Vandamme) s’illustre particulièrement en repoussant les Grenadiers à Pied de la Garde Russe arrivés fatigués. Mais les Français placés sur Pratzen ont besoin de soutien. Napoléon n’attend pas. Il ordonne à Bernadotte d’envoyer une partie du 1er Corps en soutien de Soult. Le fougueux gascon Jean Lannes passe aussi à l’assaut en retenant Bagration et en tournant l’aile droite de Koutouzov, avec l’aide des quatre divisions de Murat (Carabiniers, Cuirassiers et Hussards). C’est presque toute l’armée française qui se rue sur l’ennemi.

– De son côté Koutouzov ne relâche pas la pression et ordonne à la Cavalerie de la Garde commandée par le Lieutenant-Général Kologrivov, de charger. C’est l’élite de la cavalerie russe que le lieutenant d’Alexandre fait donner : Garde du Corps du Tsar, Chevaliers-Gardes, Hussards et Cosaques.
La charge de la cavalerie russe est brutale et menace d’enfoncer les unités de Vandamme et Saint-Hilaire. Les Grenadiers à Cheval, Chasseurs à Cheval et Mamelouks de Jean-Baptiste Bessières (Garde Impériale) et Jean Rapp (aide de camp de l’empereur) chargent la cavalerie russe au cri de « Faisons pleurer les dames de Saint-Pétersbourg !»
La charge des cavaliers français dégage définitivement le plateau de Pratzen et assure la victoire définitive à l’empereur.

– Koutouzov et Weyrother n’ont pas le choix, ils doivent se replier. Ainsi, c’est en tentant de traverser l’étang gelé de Telnitz que plusieurs centaines d’hommes périssent noyés.

– Mais laissons maintenant parler l’Empereur commentant sa victoire :
« Soldats, je suis content de vous. »

« Vous avez, à la journée d’Austerlitz, justifié tout ce que j’attendais de votre intrépidité ; vous avez décoré vos aigles d’une immortelle gloire. Une armée de 100 000 hommes, commandée par les empereurs de Russie et d’Autriche, a été, en moins de quatre heures, ou coupée ou dispersée. Ce qui a échappé à votre fer s’est noyé dans les lacs. Quarante drapeaux, les étendards de la garde impériale de Russie, cent vingt pièces de canon, vingt généraux, plus de 30 000 prisonniers, sont le résultat de cette journée à jamais célèbre. Cette infanterie tant vantée, et en nombre supérieur, n’a pu résister à votre choc, et désormais vous n’avez plus de rivaux à redouter. Ainsi, en deux mois, cette troisième coalition a été vaincue et dissoute. La paix ne peut plus être éloignée ; mais, comme je l’ai promis à mon peuple avant de passer le Rhin, je ne ferai qu’une paix qui nous donne des garanties et assure des récompenses à nos alliés. »

« Soldats, lorsque le peuple français plaça sur ma tête la couronne impériale, je me confiais à vous pour la maintenir toujours dans ce haut éclat de gloire qui seul pouvait lui donner du prix à mes yeux. Mais dans le même moment nos ennemis pensaient à la détruire et à l’avilir ! Et cette couronne de fer, conquise par le sang de tant de Français, ils voulaient m’obliger à la placer sur la tête de nos plus cruels ennemis ! Projets téméraires et insensés que, le jour même de l’anniversaire du couronnement de votre Empereur, vous avez anéantis et confondus ! Vous leur avez appris qu’il est plus facile de nous braver et de nous menacer que de nous vaincre. »

« Soldats, lorsque tout ce qui est nécessaire pour assurer le bonheur et la prospérité de notre patrie sera accompli, je vous ramènerai en France; là, vous serez l’objet de mes plus tendres sollicitudes. Mon peuple vous reverra avec joie, et il vous suffira de dire : J’étais à la bataille d’Austerlitz, pour que l’on réponde : Voilà un brave »
Pour davantage d’explication d’ordre tactique, possibilité de se référer aux liens suivants :
– http://www.napoleon-empire.net/batailles/austerlitz.php
– http://etudetactique.wordpress.com/2010/09/07/la-bataille-dausterlitz/