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29 janvier 1829 : Disparition de Paul de Barras

Assez méconnu aujourd’hui, Paul de Barras reste quelque peu coincé entre Robespierre et Bonaparte. Pourtant, il fut le réel homme fort de la France entre 1794 et 1799 durant le Directoire. Intelligent, de bonne prestance, bon manœuvrier et retors, il était connu asussi pour sa brutalité, sa débauche et sa corruption.

Paul_Barras_directeur

– Paul François de Barras-Clumanc naît le 30 juin 1755 en Provence à Fox-Amphoux. Embrassant la carrière des armes, il entre comme gentilhomme-cadet dans la Marine Royale et sert plusieurs années aux Indes sous le commandement de Suffren, ainsi que sur
l’Île Bourbon (la Réunion). De retour à Marseille en 1780, il se trouve sur le navire « La Sartine » qui reste bloqué dans le Port de Marseille. Après une altercation avec le Ministre de Castries, Paul de Barras quitte la Marine en 1783.

– Pendant six ans, il vit à Paris en dilapidant la fortune familiale. A cette époque, on ne lui connaît pas de grande activité politique seulement de fréquenter le Comte de Mirabeau et d’adhérer à une loge maçonnique. Il se retrouve presque par hasard pris dans la tourmente des événements de 1789. Entre 1791 et 1792, il fréquente le Club des Jacobins et adhère aux idées nouvelles, peut-être autant par conviction que par opportunisme. Il est ensuite élu Député du Var à l’Assemblée Législative au suffrage censitaire.
Député Montagnard sous la Convention, il ne se fait pas remarquer au début mais vote pour la mort de Louis XVI. Après avoir modifié son nom en Paul Barras, il est nommé Représentant en Mission à l’Armée d’Italie et commence à se signaler en 1793 lors du siège de Toulon face aux Anglais aux côtés du Général Dugommier, d’Augustin Robespierre et fait la connaissance d’un certain Bonaparte. Barras n’hésite pas à faire arrêter le Général Gaspard Brunet pour trahison et le fait exécuter. Après le siège de Toulon, il soutient l’impitoyable Louis-Marie-Stanislas Fréron qui exerce une sanglante répression contre les Fédéralistes à Marseille et dans d’autres villes de Provence.

– De retour à Paris en 1794, Barras recouvre son siège de député à la Convention et se montre plutôt favorable à Danton. Après l’exécution de ce dernier, Barras se retrouve confronté à l’hostilité de Robespierre qui tient la Convention. Craignant pour sa vie, il rejoint une conjuration menée par Joseph Fouché et Jean-François Tallien qui aboutit à la chute de l’Incorruptible le 9 Thermidor An IV. Cet épisode fera dire plus tard à Louis de Bonald : « une poignée de scélérats a fait périr d’autres scélérats ». Barras devient alors l’un des hommes en vue de la Convention Thermidorienne.

– D’abord membre du Comité du Sûreté Générale, Paul Barras est élu Directeur, il tient le Directoire – donc la France – avec Louis-Marie de La Révellière-Lépeaux et Jean-François Reubell. Les deux autres qui seront écartés par la suite sont Etienne-François Le Tourneur et l’ancien Abbé et Chanoine de Tréguier, Emmanuel Sieyès. Barras tiendra le Directoire jusqu’à son éloignement suite au Coup d’Etat de Bonaparte le 18 Brumaire An VIII.

– Usant d’espions et d’agents dans Paris, doit à la fois faire face aux Royalistes comme aux ultra-jacobins et à la « Conjuration des Egaux » de Gracchus Babeuf. Ajoutons à cela que les Chouans mènent une féroce guérilla en Bretagne et en Normandie. La France est alors en proie à de violents désordres comme à une situation économique particulièrement difficile. Pour autant, à l’exemple de Barras, la période du Directoire est marquée par l’enrichissement de certains au détriment d’autres, de corruption dans l’Administration et les cercles du pouvoir comme d’un relâchement des mœurs après la rigueur morale qu’avait imposé Robespierre durant la Terreur.

Le 13 Vendémiaire An IV (5 octobre 1795), Barras réprime durement une insurrection royaliste dans Paris avec l’aide du Capitaine d’Artillerie Bonaparte qui rameute les canons du Camp des Sablons qu’il fait tirer à mitraille sur la foule devant l’église Saint-Roch. D’autre part, Barras qui fréquente le salon de Joséphine de Beauharnais, fait rencontrer celle-ci à Bonaparte.

– Après les élections censitaires de 1797 qui donnent une majorité confortable aux Royalistes (surtout en Province), Barras et La Révellière-Lépeaux organisent alors un coup d’état qui invalident les élections et instituent la « terreur fructidorienne » qui pourchasse les royalistes. De nouvelles élections ont lieu l’An VI et donnent une majorité favorable aux Jacobins… grâce notamment à des voix royalistes qui ont gonflé le score de la gauche pour déstabiliser le régime. Craignant alors une radicalisation sur leur aile gauche, Barras et La Révéllière-Lépeaux fomentent un nouveau Coup d’Etat qui invalide les élections. Seulement, les Coups d’Etat répétés et les sérieux revers militaires sur les frontières est de la France, provoquent une plus grande défiance de la part du Corps Législatif (Conseil des Anciens et Conseil des Cinq-Cents). C’est alors que Sieyès fait son retour au Directoire en remplaçant Reubell et se rapproche de Barras dans le but de modifier la Constitution de l’An V au profit d’un exécutif plus fort et de forte tendance jacobine. Le calcul de Barras est simple. S’il est plus favorable à la tendance modérée du régime, il doit s’allier aux Jacobins pour ne pas être évincé et écarté.

– Après diverses manœuvres, avec l’appui du Général Joubert qui commande la Division Militaire de Paris, Barras et Sieyès fomentent le Coup d’Etat du VII Prairial An VII qui force Merlin de Douai et La Révellière-Lépeaux à démissionner. Ils sont alors remplacés par les jacobins Moulin et Roger-Ducos. Toutefois, Barras réussit à faire entrer Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord (bientôt démissionnaire), Jean-Jacques Régis de Cambacérès, Jean-Baptiste Bernadotte et Joseph Fouché au Gouvernement. Sieyès peut s’appuyer sur Charles-Frédéric Reinhard qui vient remplacer Talleyrand. Il n’empêche que Sieyès et Barras entrent dans une forme de rivalité feutrée. C’est ce nouveau gouvernement qui fait entrer en vigueur la « Loi des otages » (24 Messidor An VII) qui ordonne l’arrestation de nobles et de parents d’émigrés suspects de troubles.

– Entretemps, Napoléon Bonaparte s’est illustré durant deux campagnes en Italie et grâce à une savante propagande épistolaire, devient très populaire. Barras décide alors de lui confier le commandement de l’Expédition d’Egypte pour l’éloigner de la France. Mais c’est sans compter sur Sieyès qui face à l’agitation au sein des Conseils, demande le retour de Bonaparte d’Orient. Revenu précipitamment, l’ambitieux général revient en France. Suite au coup d’Etat du 18 Brumaire, Barras se voit proposer divers postes d’ambassadeur mais il refuse. Il est finalement écarté des affaires politiques et se retire dans sa propriété de province.
Il s’éteint complètement oublié le 29 janvier 1829.

Lire :
– TULARD Jean : La Révolution française, PUF, Paris