Vous êtes ici : France Histoire Esperance » histoire » 4 juillet 1848 : Mort de François René de Chateaubriand

4 juillet 1848 : Mort de François René de Chateaubriand

Né en 1768 à Saint-Malo, François-René de Chateaubriand, fut l’un des inspirateurs du courant romantique, auteur des Mémoires d’Outre-Tombe, d’ Atala et du Génie du Christianisme.

A côté de sa carrière d’écrivain il mena une carrière politique qui le conduisit à servir Napoléon comme ambassadeur à Rome et directeur du Mercure de France avant de se rallier aux Bourbons en 1814-1815, voter la mort du Maréchal Ney et se ranger parmi les Ultraroyalistes à la Chambre.

Il fut plénipotentiaire au Congrès de Vérone qui décida d’intervenir contre l’Espagne Révolutionnaire. Il fut également Ministre des Affaires Étrangères de Louis XVIII (1823-1824) avant d’être évincé de ce poste compte-tenu de sa mésentente avec l’autre homme fort du gouvernement de la Restauration, Joseph de Villèle. Il bascule alors chez les Libéraux de la Chambre et se montre favorable à la liberté de la Presse comme à l’indépendance de la Grèce. Il abandonne toute carrière politique dès la fin du règne de Charles X.

Il est inhumé sur l’île du Grand Bé, face aux flots de la Manche, à Saint-Malo sa ville natale.

Voici la dernière page des Mémoires d’Outre-Tombe, véritable chef d’œuvre littéraire :

« Grâce à l’exorbitance de mes années, mon monument est achevé. Ce m’est un grand soulagement; je sentais quelqu’un qui me poussait; le patron de la barque sur laquelle ma place est retenue m’avertissait qu’il ne me restait qu’un moment pour monter à bord. si j’avais été le maître de Rome, je dirais comme Sylla que je finis mes Mémoires la veille même de ma mort; mais je ne conclurais pas mon récit par ces mots comme il conclut le sien: « J’ai vu en songe un de mes enfants qui me montrait Métella sa mère, et m’exhortait à venir jouir du repos dans le sein de la félicité éternelle. » Si j’eusse été Sylla, la gloire ne m’aurait jamais pu donner le repos et la félicité.

Des orages nouveaux se formeront; on croit préssentir des calamités qui l’emporteront sur les afflictions dont nous avons été comblés; déjà, pour retourner au champs de bataille, on songe à rebander ses vieilles blessures. Cependant je ne pense pas que des malheurs prochains éclatent: peuples et rois sont également recrus; des catastrophes imprévues ne fondront pas sur la France: ce qui me suivra ne sera que l’effet de la transformation générale. On touchera sans doute à des stations pénibles; le monde ne saurait changer de face (et il faut qu’il change) sans qu’il y ait douleur. Mais, encore un coup, ce ne seront points des révolutions à part; ce sera la grande révolution allant à son terme. Les scènes de demain ne me regardent plus; elles appellent d’autres peintres: à vous, messieurs.

En traçant ces derniers mots, ce 16 novembre 1841, ma fenêtre, qui donne à l’ouest sur les jardins des Missions étrangères, est ouverte: il est six heures du matin; j’aperçois la lune pâle et élargie; elle s’abaisse sur la flèche des Invalides à peine révélée par le premier rayon doré de l’Orient: on dirait que l’ancien monde finit et que le nouveau commence. Je vois les reflets d’une aurore dont je ne verrai pas se lever le soleil. Il ne me reste qu’à m’asseoir au bord de ma fosse, après quoi je descendrai hardiment, le Crucifix à la main, dans l’Eternité. »

Chateaubriand, fin des Mémoires d’Outre-Tombe (4ième partie, livre XII, 10, extrait)