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L’emploi de l’Infanterie durant la Guerre de Trente Ans

Nous avons abordé la composition de l’infanterie française dans l’article consacré à l’Armée sous Louis XIII. Nous vous proposons aujourd’hui de voir quelles techniques et tactiques étaient employées alors
soldat

Pendant la Guerre de Trente Ans, trois principaux modèles d’utilisation d’infanterie prédominent en Europe ; les Tercios espagnols, le modèle hollandais et le modèle suédois.

Redouté sur les champs de bataille européen, le modèle des Tercios espagnols (mis au point par Gonzalvo de Cordoba au début du XVIe siècle) s’appuie sur une combinaison défensive piquiers-arquebusiers (1 000 – 3 000 hommes) dont le but et des repousser les charges ennemies (à pied ou à cheval) grâce à un tir de mousqueterie très concentré.

Pour le modèle suédois, Gustave-Adolphe II de Suède a en fait repris et réadapté le modèle hollandais que nous détaillerons plus loin.  Le Lion du Nord a conservé la formation compacte de piquiers placée au centre et flanquée de mousquetaires afin d’augmenter la puissance de feu de son infanterie qui avait pour rôle de repousser les attaques ennemies, avec l’appui d’une artillerie plus légère facilement déplaçable sur le champ de bataille. Privilège fut donc donnée à une formation en trois rangs d’arquebusiers ou de mousquetaires. Le premier rang tirait genou à terre, le second accroupi et le troisième debout. Ce tir, très vite redouté des Impériaux sera vite baptisé la  « Salve Suédoise ».

Durant le règne d’Henri IV, les français abandonnent la formation du bloc de fantassins, en lieu et place de laquelle ils reprennent la technique hollandaise de formation sur dix rangs. Ce changement tient au fait que des nobles français calvinistes aient servi dans les rangs hollandais contre les Espagnols sous le commandement de Maurice de Nassau. S’inspirant du système des Légions Romaines, Nassau introduisit une standardisation des armes, ainsi qu’une discipline plus rigoureuse. Du point de vue technique, afin de contrer la puissance des Tercios, Nassau scinda chacun de ses régiments en bataillons de 550 hommes (300 tireurs et 250 piquiers). Dans le système hollandais, la formation centrale de piquiers s’étend sur entre 5 et 10 lignes, tandis que les arquebusiers déployés sur les flancs s’alignent sur  8-12 rangs. Nassau introduisit aussi un système plus complexe de feu discontinu facilité par une disposition des arquebusiers en quinconce qui fonctionnait comme suit : 1 – le premier rang tire le premier ; 2 – Le premier rang recule pour recharger pendant que le second rang avance pour tirer ; 3 – Le second rang tire pendant que le troisième rang avance croisant le premier rang ; 4 – Le second rang recule pour laisser le troisième rang tirer.
Chaque bataillon est disposé en échiquier tel le que les Romains l’avaient conçu de l’acies triplex. Durant son règne, Louis XIII fait alors réduire la formation hollandaise à huit rangs. Edouard de La Barre-Duparcq, l’un des premiers historiens militaires français, fait même état de  l’utilisation de blocs de six rangs durant l’année 1643.

Curt Johnson indique qu’en ce qui concerne l’armement, l’esprit conservateur des Français fait que le mousquet à rouet vient à supplanter tardivement le vieil arquebuse. C’est Louis XIII qui en 1627 ordonne que les arquebuses soient définitivement abandonnés pour les raisons suivantes : portée bien trop courte (60 m contre 240 pour le mousquet à rouet) et temps de rechargement trop long pour les besoins d’alors (un coup tiré pour huit à dix minutes de rechargement).

Sources :
– JOHNSON Curt : The French Army of the Thirty Years’ War : Line Infantry in Early Modern Warfare Society, http://www.xenophongroup.com
Pike and Shot Tactics, http://www.bcw-project.org