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Chroniques des Dardanelles (1915-2015) – 8

– BAIN DE SANG AU CAP HELLES

– Les Britanniques sont plus réalistes quant aux forces turques défendant le Cap Helles. Ils savent que les troupes de von Sanders les attendent sur les plages « V » et « W » mais les Anglais sont aussi inquiets quant à débarquer sur les plages « X », « S » et « Y ». Contrairement aux estimations optimistes communiquées aux Australiens et Néo-Zélandais, les Anglais vont jusqu’à surestimer la puissance défensive turque dans ce secteur.
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– Juste après avoir quitté Mudros (23 avril) la 29th Division vogue vers le Cap Helles. La veille du débarqueemnt le Major.General Aymler Hunter-Weston harangue ses soldats par ce message galvaniseur mais teinté de réalisme : « Le monde a les yeux sur vous et vos actes resteront dans l’Histoire. C’est pour nous le moment de venger nos amis et parents tombés en France et dans les Flandres. Nos Camarades y ont donné leur vie par milliers et dizaines de milliers pour Notre Roi et Notre Pays. Et par leur glorieux courage et leur ténacité obstinée, ils ont défait les envahisseurs et arrêté l’offensive allemande. Nous devons nous préparer à connaître les épreuves, les privations, la soif et de lourdes pertes en raison des balles, des obus, des mines et des noyades ! » (1)

– « V Beach » se situe à l’est de la pointe du Cap, entre le Fort N°1 – qui ne put être détruit en février – et le Fort de Sud el-Barh, tandis qu’au nord « W Beach » s’incurve juste en-dessous du Cap Tekke (Tekke Burnu). Enfin, les plages secondaires « X » et « Y » s’étendent sur la face nord de la péninsule. Enfin, marque du manque de cohérence dans le plan de Hamilton, « S » Beach se trouve être le secteur le plus éloigné du Cap Helles, puisque situé à l’extrémité orientale de la Baie de Morto, juste en-dessous de la Pointe d’Esski Hissarlik. Le plan prévoit que les troupes débarquées sur « V » et « W » Beaches doivent rejoindre celles débarquées sur « X » Beach avant de lancer une attaque plus puissante sur Achi Baba.  Le Major.General Hunter-Weston coordonne les débarquement depuis le HMS « Euryalus », entre « W » et « V » Beaches.
La pointe du Cap Helles est tenue par les 2nd et 3e Bataillons du 26e Régiment d’Infanterie turc qui ne disposent pas de mitrailleuses (restées en arrière) mais d’un petit soutien en canons et leurs positions sont protégées par quelques champs de mines. En revanche, ce sont des unités bien formées, bien entraînées et bien commandées.


* LE FIASCO DE « Y » BEACH

– Mais il y a déjà un problème concernant « Y » Beach et il est loin d’être mineur ; le secteur rocailleux n’a aucun espace capable de permettre un débarquement de fantassins. Pire, le terrain montre très vite en pentes abruptes d’une hauteur de 45 m. Seulement, Hamilton a choisi de débarquer là afin de menacer les communications ennemies dans la partie la plus avancée du Cap Helles. Mais l’endroit n’était pas défendu, puisqu’une partie du 26e Régiment de la 9e Division tient une ligne de tranchées sur la plage de Gully à moins de 1 km au sud, pendant qu’une section du 2/26e se trouve se trouve positionnée à Sari Tepe plus au nord. Dans un communiqué paru dans la London Gazette, Hamilton va jusqu’à prétendre que les Turcs disposent de mitrailleuses Hotchkiss abritées dans des tranchées (2)

– Le débarquement du 25 s’y passe bien. Les Écossais du 1st Bn. King’s Own Borderers Regiment du Lt.Col. Archibald Koe (87th Brigade, 29th Division), appuyés par les Royal Marines du Plymouth Battalion (Lt.Col. Godfrey Matthews) du touchent terre après 04h15. La plus grande difficulté rencontrée reste l’ascension des falaises. Mais aussitôt arrivés en haut, les Britanniques peuvent contempler le terrain en contrebas. Les compagnies sont ensuite envoyées en avant pour progresser dans le Ravin de Gully qui longe la Côte entre les troupes débarquées et le village de Krithia. Plusieurs éléments du Plymouth Bat. Obliquent vers le sud-est dans l’espoir de relever et de s’emparer des batteries turques mais sans succès. Ils ne peuvent non plus effectuer la jonction avec les forces débarquées sur « X » Beach.

– Mais plusieurs éléments viennent entraver le bon départ du débarquement sur « Y » Beach. Sur le terrain, les deux Battalions ne peuvent coordonner leurs efforts. Mais c’est aux échelons supérieurs qu’on observe un manque de cohérence. Ainsi, au lieu de s’en tenir à son plan initial, Sir Ian Hamilton demande à Hunter-Weston s’il souhaite « voir davantage d’hommes débarquer sur ‘Y’ Beach ». Mais s’il le demande, il ne diffuse aucun ordre formel. Hamilton rester fermement partisan que la planification générale relève de sa responsabilité, la bataille devant être menée par ses généraux de divisions.
C’est seulement six heures après le débarquement sur « Y » Beach que Hunter-Weston rappelle que changer de plan entraînera un retard du débarquement.
Par conséquent, les deux bataillons débarqués restent immobiles entre le haut des falaises et le ravin de Gully. L’indécision des britanniques n’échappe pas aux Turcs qui envoient immédiatement le 1/26e en renfort avec de l’artillerie, augmentant sensiblement leur puissance de feu. Du coup, les Royal Marines décident d’évacuer le haut des falaises pour s’enterrer sur les deux flancs du 1st Bn. KOSB qui tient la position. De leur côté, les Turcs mettent leurs pièces en batterie et commencent à pilonner les positions ennemies.

– Une première contre-attaque est lancée par le 1/26e à 17h40 mais elle est repoussée. Pendant toute la nuit, les Turcs lancent contre-attaques sur contre-attaques. Sur « Y » Beach, une totale confusion règne. Le Lt.Col. Matthews demande des renforts mais l’état-major de la 29th Division les ignore. Ce sont des messages individuels qui poussent la Royal Navy à évacuer des blessées, ainsi que tout un détachement isolé du 1st Bn. KOSB. D’autres soldats cherchent à gagner la mer à bord d’embarcations. Finalement, grâce aux efforts des marins, tous les survivants sont évacués.
Le débarquement – déjà mal préparé et sans objectif précis – n’a strictement servi à rien.


* « X » BEACH : UNE OCCASION MANQUÉE

– Ce secteur choisi est formé par une petite plage dominée par des falaises faciles d’accès. L’attaque est confiée au 2nd Bn. Royal Fusiliers (87th Brigade) pour appuyer les débarquements principaux sur « W » et « V » Beaches. Le cuirassé HMS « Implacable » commandé par le Captain Hughes Lockyer est chargé de l’appui. Avec bon sens, Lockyer désapprouve l’ordre de canonner les crêtes côtières plutôt que la plage. Son réflexe s’avère payant, l’« Implacable » fait sur la plage avec ses pièces principales de 12 pouces (230 mm), alors que les pièces plus légères tirent sur les hauteurs. Résultat, il n’y a plus qu’une petite douzaine de soldats turcs à défendre « X » Beach.

– Même si les canons longs Nordenfelt donnent de la voix, la première vague du 2nd Bn. Royal Fusiliers débarque bien à 06h30, nettoie la plage sans aucune difficulté et s’assure le contrôle de la crête en amont. A 07h30, tout le bataillon est à terre. A 11h30, poussant l’avantage, l’avant-garde s’assure du contrôle de la Cote 114. Mais un parti de 250 turcs passe à la contre-attaque, forçant les Royal Fusiliers à se replier vers la côte. Le Bataillon tient néanmoins bon et la mise à terre du 1st Bn. Border Regiment élimine toute menace. En début d’après-midi, le 1st Bn. Inniskilling Fusiliers débarque lui aussi. Malheureusement, la contre-attaque turque provoque l’hésitation du commandant de la 87th Brigade, le Brigadier.General William Marshall. Surestimant les forces turques et préférant attendre les ordres du QG divisionnaire, Marshall décide de renforcer les positions défensives de sa brigade pour la journée. Le débarquement sur « X » Beach peut néanmoins faire figure de seule vraie réussite de la journée du 25.

* « S » BEACH

– Le but du débarquement sur cette plage était le même que pour « X » Beach, soutenir le débarquement sur « V » et « W » Beaches en prenant d’assaut la batterie de Tott, avant de tenir la position jusqu’à l’arrivée des renforts venus des deux plages de la pointe du Cap. Chargé de l’assaut, le 2nd Bn. South Wales Borderers du Lt.Col. Hugh Casson est appuyé par les pièces du cuirassé HMS « Cornwallis » commandé par le Captain Alexander Davidson. Celui-ci prend alors la décision d’acheminer munitions, vivres, réserves d’eau et même les sacs des soldats directement sur la plage à l’aide d’embarcations afin d’amenuiser le poids du chargement des fantassins. Surestimant là encore les défenses ennemies, les Britanniques pensent devoir à faire à tout le 2nd Bataillon du 26e Régiment.

– Sauf qu’en raison du feu de pièces d’artillerie provenant du côté asiatique mais aussi à cause du débarquement de la Division française à Kum Kale, le débarquement du 2nd SWB, initialement concomitant de ceux sur « V » et « W » Beaches (soit 06h00), doit être différé à 07h30. Grâce à un tir bien réglé, Davidson réussit à faire taire les canons situées sur la partie asiatique. Pour sa part, Hugh Casson choisit de faire débarquer 2 Compagnies sur la plage, tandis qu’une troisième accoste au pied de la partie rocheuse de la pointe d’Esski Hissarlik qui fait la charnière avec la Baie de Morto.
A 07h30, les South Wales débarquent avec plusieurs Royal Engineers de la 2nd London Field Company, très bien appuyés par les pièces du « Cornwallis ». Plusieurs soldats sont tués et blessés par les tireurs turcs défendant la Batterie de Tott mais l’opposition s’avère faible. Le coup de main est un succès total et les canons sont réduits au silence. Sans hésiter, Davidson met pied à terre et s’occupe d’aménager la plage.

– Mais le débarquement est très vite victime de son succès. En effet, le 2nd South Wales et les hommes du génie se retrouvent complètement isolés et ne recevront jamais les renforts prévus.

Insigne du 1st Bn. Lancashire Fusiliers

Insigne du 1st Bn. Lancashire Fusiliers

* « W » BEACH

– Localisée dans la baie de Tekke, « W » Beach est l’objectif d’une partie de la 86th Brigade (Steuart Hare), soit le 1st Bn. Lancashire Fusiliers, ainsi que la 88th Brigade de Napier. Ce Bataillon a pour ordre de s’emparer de la Cote 138 et de rejoindre le 2nd Bn. Royal Fusiliers débarqué sur « X » Beach à hauteur de la Cote 141. Mais le secteur est bien fortifié.

– Le débarquement a lieu à 06h00 pile, comme prévu. Mais les navires d’appui, dont le HMS « Implacable » avec ses pièces de 230 mm, ont échoué à détruire complètement les défenses turques et les fils barbelés.
Les marins de la Royal Navy font accoster les hommes du Lancashire aussi vite que possible à la rame. Mais une partie des fantassins doivent sauter de leurs embarcations avec l’eau jusqu’aux épaules pour gagner le rivage. Mais les 150 défenseurs Turcs bien préparés (12e Compagnie du 26e) ripostent au fusil et le 1st Lancashire Fusiliers doit compter ses premiers tués. Contrairement aux témoignages et aux rapports rédigés a posteriori, les Turcs défenseurs de « W » Beach ne disposent pas de mitrailleuses Maxim. Dans l’action, des soldats britanniques ont pu confondre des tirs d’armes automatiques lourdes avec le feu aussi concentré que déterminé des Turcs qui font feu comme à l’exercice.
Plusieurs soldats du 1st Lancashire parviennent à la ligne de fils barbelés qu’il faut couper à la pince. Sur la plage, la confusion règne mais finalement, des officiers britanniques décidés réussissent à regrouper leurs hommes et à enfoncer la ligne de défense turque.

– Arrivé sur la plage en compagnie de son état-major dans la seconde vague de débarquement, le Brigadier.General Steuart Hare peut constater que la plage est en passe d’être sécurisé. Sans perdre de temps, il ordonne que les tranchées ennemies soient prises de flanc. Coordonnant l’assaut, Hare peut voir les hommes du 1st Lancashire Fusiliers escalader les falaises avant de nettoyer les tranchées et les abris ennemis au-dessus de la plage. Sauf qu’en voulant atteindre le sommet du Cap de Tekke, Hare reçoit une balle qui le blesse sérieusement.

– Cependant, les soldats du 1st Lancashire réussissent à rejoindre le 2nd Bn. Royal Fusiliers sur la Cote 114. Mais l’attaque de la Cote 138 et des environs de Guezji Baba est beaucoup plus difficile en raison d’un important réseau de barbelés comme de la défense acharnée des soldats turcs de la 9e Compagnie du 26e. Ayant subi de lourdes pertes, le 1st Lancashire Fusiliers doit s’arrêter là.
Arrivé en renfort, le 1st Bn. Essex Regiment de la 88th Brigade (qui devait débarquer initialement sur « V » Beach) touche terre à 08h30. Il se jette alors contre les défenses de la Cote 138 mais est repoussé à son tour. On se bat durement au fusil et à la baïonnette. Finalement, le 1st Bn. Essex réussit à stabiliser la ligne de front.
Mais sur la plage, à cause de la décision de faire débarquer les éléments de deux brigades, la situation tourne à la confusion. La 88th se retrouve même sans chef, Napier devant être évacué en raison d’une blessure. Du coup, la poussée prévue sur Achi Baba est sérieusement compromise. Hunter-Weston doit alors dépêcher d’urgence le Lieutenant-Colonel Owen Wolley Dod pour mettre fin au chaos.

– Débarqué en troisième vague, le 4th Bn. Worcestershire Regiment est jeté lui aussi dans l’assaut de la Cote 138 et de Guezji Baba sans forme de procès. Les fantassins britanniques doivent lutter pendant une grande partie de l’après-midi contre des soldats turcs inférieurs en nombre mais particulièrement coriaces. A 16h00, le 4th Bn. Worcester réussit à emporter la position mais il se trouve pris sous le feu des défenseurs du Vieux Château de la Cote 141. Mais la nuit tombante oblige les Britanniques épuisés à camper sur leurs positions qu’ils s’empressent de consolider.

Insigne du 1st Bn. Royal Dublin Fusiliers

Insigne du 1st Bn. Royal Dublin Fusiliers

* CARNAGE A « V » BEACH

– Nommé par les Turcs Baie d’Ertugrul et formant un amphithéâtre naturel, « V » Beach se trouve le secteur le mieux fortifié au bout du Cap Helles. Le 3e Bataillon du 26e (Major Mahmut) qui défend le secteur y a fait creuser un réseau de tranchées qui s’étend du Fort N°1 au village de Sud el-Bahr. La plage est assez étroite puisqu’elle s’étend sur 280 m seulement. Le secteur est occupé par les trois sections de la 10e Compagnie du 3/26e qui sont respectivement positionnées dans le Fort N°1, dans le village de Sud el-Bahr et dans les ruines du fort de la Cote 141 (qui fait déjà feu sur les troupes débarquées à « W » Beach). Quelques pièces légères de 37,5 mm sont placées en appui.

– Le débarquement britannique est assuré par les navires du Commander Edward Unwin, un vétéran de la marine marchande qui a néanmoins l’avantage de très bien connaître la Méditerranée. Unwin avait proposé à Hamilton d’approcher le HMS « River Clyde » au plus près de la Côte plusieurs dizaines de minutes AVANT le débarquement des hommes de la 29th Division afin de leur assurer un tir d’appui plus efficace. Il a aussi prévu de remorquer le petit cargo transportant les soldats du 1st Bn. Royal Munster Fusiliers. Le « River Clyde » devant bien sûr effectuer un tir de préparation sur la côte pendant le transbordement des fantassins.
L’attaque terrestre de la Baie d’Ertugrul est confiée au 2nd Bn. Hampshire (Lt.Col. Herbert Carrington Smith) de la 88th Brigade, ainsi qu’aux 2 bataillons d’Irlandais de la 86th Brigade ; les 1st Bn. Royal Munster Fusiliers (Lt.Col. Henry Tizard) et 1st Royal Dublin Fusiliers (Lt.Col Richard Rooth).

– Remorqués par des navires à vapeur, les embarcations à rame transportant les fantassins se mettent en position à 05h00 du matin pendant que les pièces du « River Clyde » tonnent. Mais les soldats du 1st Royal Dublin Fusiliers connaissent un retard sérieux durant leur transbordement, retardant le débarquement. Malheureusement, en dépit de l’impressionnante canonnade du croiseur, les défenses turques ne sont pas entamées aussi sérieusement qu’espéré. La plupart des obus évitent les tranchées et s’abattent derrière les lignes des soldats du Major Mahmut. S’ils perdent un nombre sensible d’hommes tués et blessés, les Turcs, faisant preuve de discipline et de sang-froid, ne se débandent pas.

– De leur côté, les soldats irlandais sont ballotés dans leurs barques en raison des difficultés éprouvées par les équipages des remorqueurs à remonter le courant marin des Dardanelles. La confusion s’accroît lorsque le « River Clyde » veut s’approcher au plus près de la Côte. Pire encore, la fumée dégagée par les bouches à feu du navire empêche Unwin de guider correctement son vaisseau, le forçant à utiliser les relevés effectués lors d’une reconnaissance préalable. Par conséquent le « River Clyde » réussit à toucher les hauts fonds vers 06h22, quelques minutes seulement avant l’arrivée des remorqueurs, soir BIEN TROP TARD pour fournir un bon tir d’appui aux deux bataillons de la 86th Brigade.

– Les barques transportant les soldats du 1st Royal Dublin Fusiliers à raison 36 hommes par embarcation, approchent lentement derrière leurs remorqueurs. Lorsque les embarcations touchent terre, les Turcs restés jusque-là silencieux ouvrent un feu d’enfer qui fauche plusieurs dizaines d’Anglo-Irlandais comme de simples épis de blés directement dans les embarcations. Tirant comme à l’exercice, les fusiliers du 3e Bataillon font un véritable carnage. Piégés dans leurs propres embarcations, les fantassins ne peuvent espérer aucune aide. Les canons légers tirent même directement sur les navires avec obus incendiaires qui enflamment plusieurs embarcations. Des soldats n’ont d’autre choix que de se jeter dans les flots pour échapper aux flammes quand ils ne sont pas déjà en train de brûler. Les blessés doivent se traîner jusqu’au rivage ou s’allonger dans l’eau. Un groupe de soldats arrivés en seconde vague et menés par le Captain David French réussissent miraculeusement à courir sur 100-120 m pour s’abriter derrière un banc rocheux. En revanche, le Lt.Col. Rooth est tué d’une balle dans la tête, très vite suivi par le commandant en second du Bataillon, le Major Edwyn Fetherstonhaugh. La plupart des officiers subalternes de l’unité étant aussi tués ou blessés.
Par chance – si l’on peut dire – une demi-compagnie de soldats échappe au massacre en débarquant à la Cambre, secteur plus abrité et juste en-dessous d’une piste menant au village de Sud el-Bahr. C’était aussi à ce même endroit que les Royal Marines avaient débarqué pour leur raid du 4 mars. Le groupe de soldats réussit à se frayer un passager et investir le village de Sud el-Bahr. Mais une contre-attaque ennemie les en chasse.
Pour le 1st Bn. Royal Dublin Fusiliers, le bilan de la journée est cataclysmique : 11 soldats et 1 officier sont indemnes sur un peu plus de 1 000 hommes.

– Les marins du « River Clyde » réussissent à faire débarquer les hommes du 1st Bn. Royal Munster Fusiliers mais les X et Z Companies débarquées les premières subissent à leur tour le tir meurtrier des défenseurs turcs. Hunter-Weston ordonne alors au Lt.Col. Carrington-Smith de faire débarquer une partie du 2nd Bn. Hampshires sous le commandement du Captain Caryl Boxall. Mais débarqués à 09h30, les Hampshire se heurtent au mur de feu ennemi et Boxall est tué, suivi quelques instants plus tard par Carrington-Smith. 200 hommes sont toujours coincés à l’abri sur la plage. Le Lt.Col. Henry Tizard prend le commandement des opérations mais est dépassé par les évènements.
A bord du « River Clyde », plusieurs officiers estiment qu’il faut mettre fin à cet inutile massacre. Cependant, sur l’ « Euryalus », l’état-major de la 29th Division n’a aucune idée de la catastrophe qui se joue à « V » Beach et se trouve davantage préoccupé par l’action sur « W » Beach.

– Mais les Turcs commencent à manquer de munitions et les combats au-dessus de « W » Beach commencent à coûter en hommes. Vers 08h00, le Major Mahmut n’a plus que 450 hommes et doit attendre des renforts au 25e Régiment. Sur « V » Beach, les défenseurs turcs commencent à se replier sur Sud el-Bahr, permettant à la 89th Field Ambulance de récupérer les blessés sur la plage. Le Colonel Dick Doughty Wylie, membre de l’état-major de la 29th Division alors présent sur le « River Clyde » décide de prendre les choses en main. Assurant le débarquement de renforts et réunissant les survivants des Munster et Hampshires, il dirige lui-même une action qui permet d’occuper le Fort de Sud el-Bahr. Mais il faudra deux jours aux Britanniques pour prendre la Cote 141. L’assaut coûte la vie à l’héroïque Colonel Doughty Wylie qui sera inhumé sur place.

– Si le manque d’expérience des britanniques peut expliquer le carnage de « V » Beach, il faut aussi tenir compte de la ténacité et du professionnalisme de leurs adversaires pourtant en nette infériorité numérique. En outre, les navires de soutien étaient situés trop loin du rivage. Si l’idée d’Edward Unwin d’approcher le « River Clyde » était originale, elle ne fut guère suivie (3). Il n’en reste pas moins que sur ce secteur, plus de 1 000 hommes ont été tués et blessés, dont trois officiers supérieurs.

(1) in HART P., Gallipoli
(2) voir Sir Ian Hamilton’s First Gallipoli Despatch ; The Long-long trail, http://www.1914-1918.net
(3) : HART P., Ibid.